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L'archipel Contre-Attaque

  • : L'archipel contre-attaque !
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5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 17:24
France tu m'as eu!
France tu m'as eu!

Dans cet hôtel du Havre où je regarde passer les heures, le néon de l’enseigne, dont la lumière clignote à travers les persiennes, m’a tenu éveillé dans le souvenir continu de mon ancienne épouse que je suis venu accueillir. Je dis ancienne, mais elle est encore ma femme et je vais la retrouver cet après-midi, de retour des USA, après une séparation et une longue absence, car nous avons échangé à nouveau les serments les plus éternels.
Modern-Hôtel, dit l’enseigne qui indique un nombre assez médiocre d’étoiles, ce que confirme le bidet de la chambre voisine qui n’a pas cessé sa plainte hygiénico-génitale tout au long de la nuit.
Le papier peint est hideux, pourquoi les papiers peints des hôtels sont si laids ? Sans doute ne veulent-ils pas que leurs clients s’installent ou bien chassent-ils les cafards de cette manière ? Qu’importe ! Je ne suis pas riche, mais je serai ce soir l’homme le plus fortuné du monde.
Je me lève, fais attention en descendant l’escalier car le tapis des marches rebique, je ne voudrais pas me casser une jambe, un jour comme aujourd’hui.
Je descends le cours de la République, j’emprunte le quai Colbert, cette ville me fascine, elle n’a pas eu peur du béton, martyrisée mais fière, elle s’est lancée, après la guerre, dans une reconstruction moderne, délaissant les restaurations à l’identique, factices et théâtrales.
Dans ce béton magnifié, on se sent un homme du XXVè siècle.
Le bateau n’est pas là ! Le France qui ramène mon épouse n’est pas à quai. Ah, ça y est, je l’aperçois au large, imposant et fumant, costume noir, chemise blanche, cravate rouge, dans l’arrogante majesté d’un orque de jeux aquatiques. Il me semble qu’il n’arrivera jamais tant il marche au pas d’un sénateur romain, pourtant il grossit sans cesse. Soudain le voilà ! Je trépigne. Mon cœur bat.
Je ne vois pas Monique dans la foule qui débarque, je remonte la cohue des quais, retourne les femmes, bouscule les valises et les enfants, secoue les bagagistes, évite les mouchoirs, soulève les voilettes, elle n’est pas là !
Désespéré, les épaules basses, à nouveau quitté, je regagne mon hôtel.
Monsieur, monsieur !
On me tend un papier : « Je suis désolé, Norbert » (elle s’appelle Monique et je suis Norbert), il y a eu un changement. » J’ai compris, je n’ai pas besoin de continuer ma lecture.
France, tu m’a eu !

Voir aussi:

Le tout meilleur d'Henri Lhéritier ici

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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 11:39
LE PENSEUR DES POMPES FUNÈBRES par l'écrivain Henri Lhéritier

Quelle ne fut pas ma surprise en m’asseyant dans ce train de me trouver à côté de ce soi-disant penseur, philosophe du déclin, qui pérore partout qu’on est foutu, que l’on va dans le mur. Il avait installé, autour de lui, des Figaros et autres journaux aussi insipides, que je lui tendis, du bout de mes doigts pincés, comme du linge sale, afin de récupérer ma place.

Ce type, agité de tics, affiche sur tous les écrans où il passe l’air désespéré d’un entrepreneur des pompes funèbres en train de déposer son bilan, bavant sur notre époque, exprimant en substance l’idée que pour revivre une époque dorée, il suffirait de se débarrasser des enseignants, des jeunes, des immigrés et d’une manière générale de tous les humanistes. Mais à quoi servirait donc une résurgence de la nation, telle qu’on la considérait avant, sinon à indisposer nos voisins ? Serait-on enchanté d’entendre les Allemands retrouver leur vieux fond gothique, ou les Anglo-saxons leur roi Arthur et leur table ronde, chacun plaidant pour dire ce que le monde leur doit, ce qui fait qu’ils sont meilleurs que nous, et en tout cas que nous ne les valons pas ?
Alors que défilaient devant nous d’admirables paysages français qui curieusement ne m’envahissaient pas de la nostalgie d’un passé révolu mais au contraire d’un futur à édifier, je lui fis part, même s’il ne me demandait rien, de mon refus absolu d’une identité créée par lui de toutes pièces et dont le tri tout personnel exclue le siècle des Lumières, la Révolution, la Commune, c’est à dire toutes les idées émancipatrices au profit des pires pulsions sectaires et claniques de toutes les restaurations.
J’ajoutai, ses tics commençaient à s’accentuer, qu’en dehors des faits divers, je ne voyais nulle part, ce qu’il croyait voir, cette dégradation d’une culture et d’une société, dont il nous rebat les oreilles, mais les faits divers ne sont qu’une aubaine pour les télévisions et les philosophes en mal d’imprécations.
Tout tremblant, il me regarda avec rage, comme si je le suspectais de ne pas quitter sa télé et son canapé (à la vérité c’est ce que je crois fermement), sur lequel, s’excitant tout seul il établissait ses funestes théories de Cassandre illuminé, prédisant le déclin et même la fin de la société française.
Par rapport à ce que la jeunesse d’aujourd’hui sait et fait, enfonçai-je le clou, nous sommes mal placés et trop ignorants, pour des leçons de morale.
Il se leva, furieux, ramassa ses Figaros et ses sous-produits de presse et s’installa au fond du wagon (incroyable journée de malchance pour lui !) au milieu de jeunes Français, de toutes origines, et de toutes conditions, rejoignant une Ong humanitaire en Afrique.

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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 12:12
 LES VÊPRES À LA VIERGE par l'écrivain Henri Lhéritier

Mon téléphone fixe était infesté de sollicitations diverses qui devenaient insupportables : isolation, électricité, chauffage au bois ou à la bouse séchée de bétail tibétain, vacances près de l’eau, et même sous l’eau, assurances gratuites.
Lorsqu’un jour, on proposa à mon épouse un homme à marier, je vis rouge, car elle en avait déjà un, en l’occurrence c’était moi, à moins que tellement rêveur je me sois mis à vivre avec la femme d’un autre, ce qui était aussi une possibilité.
Je résolus de m’en débarrasser, pas de mon épouse, du téléphone.
Dès lors ce fut un enfer, je compris que les appels téléphoniques n’étaient pas du marketing, on ne voulait pas nous vendre quelque chose, on avait avant tout la volonté de nous nuire, nous étions victimes d’un complot. Ne pouvant plus nous joindre au bout du fil, nos persécuteurs décidèrent de venir à notre rencontre. Naïfs, nous en laissâmes entrer quelques-uns, puis nous nous barricadâmes, une infernale bacchanale se tint alors sous nos fenêtres, on nous présenta de tout, des automobiles, de la lingerie, des sex toys, bientôt des types à poil et en érection vinrent se proposer pour se marier avec mon épouse ou avec moi, je ne sais plus, des femmes splendides également, au bout du compte, tous acceptaient de ne pas se marier, et se contenteraient, disaient-ils, de coucher avec nous, on ne savait plus ou donner de la tête, nous n’étions pas intéressés, nous résistions mais c’était tentant, hein ! mettez-vous à notre place.
Un matin, ce fut le bouquet, une dame qui ressemblait à Sharon Stone, en mieux, qui avait dû s’introduire chez nous par le garage ou le jardin, s’était mise à danser en se dépouillant de ses vêtements, devant nous qui nous trouvions au lit et avions remonté notre couverture jusqu’au menton. Une musique admirable tombée du ciel accompagnait chacun de ses mouvements, les "Vèpres à la vierge" de Monteverdi. Sur le" Lauda Jérusalem", elle était en train de faire glisser sa culotte, je n’en peux plus, dis-je à M., trop de désir. Me levant, un drap sur ma nudité, un sourire de carnassier sur ma bouche, je me mis à avancer.
Le téléphone sonna soudain, je m’ébrouai, zut ! ne l’avais-je pas coupé celui-là, serais-je donc dans un rêve ?
Une musique s’échappa de l’écouteur, puis des paroles, elles faisaient :
"Ha ! Qu'est-ce qu'on est serré, au fond de cette boite,
Chantent les sardines, chantent les sardines,"

Je suis M., mon mari est tombé, mort, le téléphone à la main, il avait déjà le drap mortuaire sur lui, je viens de reconstituer sa fin devant vous, depuis quelques jours, il paraissait dérangé.

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2 avril 2015 4 02 /04 /avril /2015 12:41
MARGHERITA par l'écrivain Henri Lhéritier

On le surnommait « Pichet de rosé », car il fréquentait les pizzerias pour le seul plaisir de commander du rosé en pichet. En dehors de ça, il n’aimait ni la pâte, ni les champignons, ni les tomates, ni les anchois, ni les artichauts, et d’une manière générale, il détestait les pizzas et les olives noires.
Il aimait seulement le rosé en pichet, c’était ainsi.
J’avais beau lui dire que le soir, après le service, on reprenait tous les fonds, pour faire les nouveaux pichets du lendemain, il n’en démordait pas, il était accro au pichet de rosé. Moi, monsieur, je l’ai vu entrer dans les pizzerias les plus sordides, j’essayais à chaque fois de l’en empêcher, en vain, il était ensorcelé et tel un marin au port tirant des bords dans les bars louches, il serrait le flanc de ses pichets entre ses mains comme on serre la taille de ces filles de la nuit qui nous font oublier le crachin, l’air salé du dehors, les échecs d’hier et ceux de demain.
Quel plaisir trouves-tu donc à cette décoction anonyme ?
À chaque fois, il me répondait :
- D’abord, c’est frais, ensuite….
- La fraîcheur n’est tout de même pas réservée au rosé en pichet.
-…ensuite, un pichet c’est ventru, stable, ses flancs dégoulinent de gouttelettes de rosée, c’est toujours une peu éventé, en un mot, c’est sexuel et même canaille !
C’était un esthète du rosé en pichet oxydé, tout le monde n’a pas la malchance de tomber sur un type comme lui.
J’ai fini par me fâcher avec mon ami, c’était trop dur pour moi, et je suis trop faible, j’avais peur de sombrer aussi dans le rosé en pichet, on se vautre dans l’infamie plus facilement que l’on plane dans l’excellence, nos pulsions nous font visiter les bas-fonds plutôt que la pureté vivifiante mais austère des sommets.
Et puis, cette addiction de mon ami me rappelait trop une collection que l’on trouvait dans les gares, les salles d’attentes, ou que l’on recevait par abonnement : « Sélection du reader’s digest ». C’était de la littérature en pichet, des extraits de romans qui au départ n’étaient pas bons et qui, découpés, devenaient exécrables.
Je me demande si les concepteurs de cette collection ne faisaient pas comme les patrons de pizzeria, composant des extraits à l’aide de plusieurs extraits.
D’ailleurs moi-même…

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31 mars 2015 2 31 /03 /mars /2015 13:08
LED ZEPPELIN ! par l'écrivain Henri Lhéritier

Il avait réussi à ouvrir la porte en la crochetant, on ne venait pas souvent ici, la serrure était grippée, il put entrer, le vent entra aussi. Il se hâta de fermer derrière lui, en tirant un gros barreau, cela sentait le sel, il respira profondément, et le poisson séché également, pensa-t-il. Pas un seul bruit, comme s’il avait pénétré à l’intérieur d’une huître tapie au fond d’une bourriche.

Il se mit à monter, les marches étaient hautes, de temps en temps il fallait qu’il se repose, c’était un tube étroit, sans palier, avec une lumière pâle distribuée sur les flancs de l’escalier par des hublots vitrés qu’une buée presque solidifiée obscurcissait.
Des centaines de marches, se lamenta-t-il, des centaines ! Mais il continuait de monter, s’arrêtant parfois, et s’appuyant alors au mur pour reprendre sa respiration, il montait, montait, il avait le sentiment qu’il n’arriverait jamais en haut. Quelques notes de musique d’un groupe anglais lui parvenaient, pas à ses oreilles car celles-ci n’étaient sollicitées que par le silence, mais à son cerveau, il chercha un moment dans sa mémoire, Stairway to heaven, oui c’était ça, Stairway to heaven, au fond il montait au ciel lui aussi, cet escalier ne conduisait qu’au ciel ou alors à rien, bizarrement il s’agissait des deux destinations espérées par lui. Il continua, montant, montant, le son métallique d’une guitare électrique l’accompagnant, Jimmy Page peut-être, peu importe, il devait aller jusqu’au bout, son destin se jouait maintenant, la musique n’avait rien à voir dans cette histoire.
Reprenant son souffle, il s’assit sur la dernière marche, il était arrivé, il se releva, poussa la porte, une puissante lumière l’aveugla, un éclair, comme s’il avait ouvert un haut fourneau et glissé sa tête dedans.
Alors il se jeta dans les airs.
Il croyait s’aplatir sur le sol, en bas, or il tomba, plouf ! du côté maritime de ce phare du bout du monde. Dans l’eau il se gela, du coup il n’eut plus aucune envie de se suicider, il voulait seulement se sécher et se réchauffer.
L’épave d’un bateau de pêche passa à côté de lui, il s’y accrocha.
On le retrouve dans l’île de Man où il loue ses bras au plus offrant pour la récolte de pommes de terre.
Dans tout le Royaume uni, il est considéré comme le meilleur ramasseur de patates de tous les temps, la reine l’a anobli et le soir, au pub, la moustache toute mousseuse, jouant aux fléchettes, il s’enfile bières brunes sur bières brunes jusqu’au bout de la nuit.

Voir aussi:

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27 mars 2015 5 27 /03 /mars /2015 16:04
 ÉLECTIONS par l'écrivain Henri Lhéritier

Bientôt, nous devrons poster un homme en armes à la porte de notre cuisine.
Nos chats nous pillent et ne nous laissent que des os à ronger
Ce matin, le noir s’est jeté sur ma tartine de confiture, à midi, le roux ne nous a rien laissé du foie de veau persillé et le soir, le grand blanc tacheté et à poils longs a dévoré notre pot au feu, tandis que l’escroc noir et blanc sautait de la table, une sardine entre les dents.
À la fenêtre, grattant au carreau, ils nous font signe qu’ils veulent entrer et dès qu’ils sont à l’intérieur ils réclament sortir. Nous nous demandons s’ils ne s’entendent pas entre eux, si un accord secret ne les lie pas dans le but de nous déstabiliser, si nous ne sommes pas menacés par une conjuration de chats intéressés à prendre le pouvoir. Ils sont caressants, chauds, parfois émouvants, mais ils terrorisent les plus petits qu’eux et je ne connais rien de plus odieux que leur satisfaction lorsqu’un oiseau tombé du nid s’agite encore dans leur gueule et que le déposant à nos pieds, tout désarticulé et expirant, ils attendent de nous que nous les félicitions. Nos chats se plaignent tout le temps, réclament sans cesse, marchent comme des chanoines, miaulent à la manière de chanteuses de variétés, méfiants ils nous regardent du coin de l’œil, rôdant autour de nous, avec l’air de nous en vouloir comme si nous étions en situation irrégulière et le soir, couchés sur nos lits, ils dorment à notre place tandis que nous restons éveillés de peur de les déranger.
Par bonheur ils n’ont pas découvert le plaisir de boire du vin, qu’ils se mettent à finir mes bouteilles et mon sort sera scellé, j’en serai réduit à ne boire que de l’eau, c’est en ce sens qu’ils ne sont que des animaux, et que nous leur sommes supérieurs, ils ne connaissent pas les plaisirs de l’ivresse.
Nous avons de la tendresse pour eux mais nous n’accepterons jamais qu’ils s’installent aux commandes, depuis trop longtemps les hommes ont fait le pari de l’intelligence, rejetant l’instinct et la violence, plaidant pour des solidarités et de l’hospitalité, œuvrant pour l’utile comme pour l’inutile et plaçant le beau, la dignité et le respect de tous au service de tous.
Il n’est pas question de leur céder quoique ce soit.
Plutôt nous mettre au whiskas.

Le tout meilleur d'Henri Lhéritier

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23 mars 2015 1 23 /03 /mars /2015 14:31
(commentaires électoraux):C’EST CLAIR! par l'écrivain Henri Lhéritier

Ils étaient un certain nombre autour d’une table, ils se parlaient avec hargne, les caméras tournaient et lorsqu’ils étaient sur le point de s’entendre, des journalistes vachards leur posaient de sales questions qui leur faisaient à nouveau montrer les dents et ainsi de suite.
Derrière leur dos, on affichait des résultats d’élections répartis dans un camembert bariolé qui indiquait des pourcentages n’ayant rien de significatif ou qui signifiaient plutôt que rien n’allait changer.
En tout cas, lui, devant son écran et sa bière, n’y comprenait rien.
Et autour de la table, dans leur studio, eux non plus, ou alors ils faisaient semblant.
L’un d’entre eux prit la parole pour dire, en élevant la voix : les Français viennent de clairement s’exprimer.
Or, ils avaient dit tout et son contraire, mais nul ne voulait l’admettre, leur avis électoral était aussi confus que la déclaration d’un champion de boxe ensanglanté, aux lèvres tuméfiées, aux dents cassées, encore assis sur son tabouret de ring, tentant de répondre aux commentateurs et parvenant à prononcer un : Z’aurais pu gagner, c’est clair.
Un autre dit : Ce que veulent les Français, monsieur, c’est un langage clair.
À une extrémité de la table, un type au front bas, à moustache d’adjudant retraité, martela : C’est pour cela, monsieur, que notre programme est si clair.
On n’en pouvait plus de toute cette clarté.
Allons, allons messieurs, soyons clairs, disait le journaliste, que va-t-il se passer demain ?
En clair , s’il vous plait, pas de langue de bois, ajouta un second journaliste qui était une seconde journaliste, fort belle et clairement séduisante. .
Lui, devant sa télé, excédé, dit : La clarté est ce qu’il y a de plus sombre dans la vie, puis il lança encore en direction de l’écran : Veux-tu que je te dise, moi, ce qui est clair, et finissant sa bière, éteignant la télé, se levant, il grommela : Ce qui est clair, c’est que je vais me mettre au lit, et ce qui est encore plus clair, c’est que je vais pisser avant.

Le tout meilleur d'Henri Lhéritier , c'est ici!

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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 12:39
http://fr.wikipedia.org/wiki/Maximilien_de_Robespierre
http://fr.wikipedia.org/wiki/Maximilien_de_Robespierre

http://fr.wikipedia.org/wiki/Maximilien_de_Robespierre

Entre Robespierre et Savonarole qui choisiriez-vous ?
J’hoquetai. Nous étions chez Pierre Gagnaire et le serveur avait successivement posé devant nous, repus, les yeux emplis d’étoiles et plissés d’émerveillement, la caravane du menu dégustation.
Corolle de Saint-Jacques au gingembre frais, mangue jaune et verte, kaki, pamplemousse thaï, sirop d’oignon doux des Cévennes parfumé au curry Madras, barquette à l’encre de seiche, langues d’oursin, et rouget de roche au potimarron, gousse d’ail de Lautrec, bar St. Germain du chef qui, chez nous, est un loup, pas le chef, le bar, qui n’est pas un bar non plus.
J’étais amoureux de la langue d’oursin dont je prétendis qu’elle était supérieure à la langue d’Esope mais aussi, je fis alors le malin, à celle de Savonarole ou de Robespierre dont je me demandai aussitôt ce qu’ils venaient bien faire chez Gagnaire.
Au dessert, le type qui m’avait invité me pose donc cette question. C’était lui qui payait, je n’aurais pas aimé être à sa place. Me maudissant d’avoir cité ces deux excités, je me mis en quête de répondre.
Qu’auriez vous fait d’autre ? me dit-il.
Moi ? Rien ! Répondis-je, car on ne me payait jamais à bouffer chez Pierre Gagnaire, je me contentais d’un sandwich à midi, d’une soupe le soir, du bar des Allées avant et après (le seul bar connu par moi) et je me foutais de Savonarole et de Robespierre comme de l’an quarante.
Eh bien ! Entre l’illuminé de Florence et celui d’Arras, figurez-vous que je choisis Robespierre alors que le serveur nous fournissait en desserts aussi fastueux que nombreux pour la raison simple que je n’aime pas les desserts et que Robespierre va bien avec eux, (comprenne qui pourra) et aussi parce que je me souvins subitement que lors de mon voyage de noces, à Florence, ma voiture fut mise en fourrière au petit matin, et la fourrière, en Italie, à cette époque, c’était l’antre des Gorgones. Cette fâcheuse aventure post maritale jeta le discrédit sur le jeune marié que j’étais, mon épouse ayant compris, dès le lendemain du mariage, mais c’était top tard, à quel imbécile elle avait affaire. Je suis l’ultime victime de Savonarole.
Ayant fait ce choix sans doute néfaste, j’avalai alors le fond de la bouteille de Côte rôtie, la Landonne de Guigual, en catimini, car mon vis à vis aimant les gâteaux mais pas Robespierre, je craignais fort qu’il ne changeât d’avis sur la note qu’on ne tarderait pas à nous présenter.

Voir aussi:

Le tout meilleur d'Henri Lhéritier

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Le travailleur Catalan,André Marty: toute une histoire!interview de l'historien Michel Cadé par Nicolas Caudeville

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/article-le-travailleur-catalan-andre-marty-toute-une-histoire-interview-de-l-historien-michel-cade-par-nico-78010778.html

Lorsque les Pyrénées-Orientales étaient révolutionnaires, récit par l'historien Michel Cadé! interview par Nicolas Caudeville

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/article-lorsque-les-pyrenees-orientales-etaient-revolutionnaires-recit-par-l-historien-michel-cade-intervi-107337232.html

ROBESPIERRE ET SAVONAROLE par l'écrivain Henri Lhéritier
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12 mars 2015 4 12 /03 /mars /2015 11:36
LES CHATS D’OSAKA par l'écrivain Henri Lhéritier

Toute sa vie il s’était pris pour un thon rouge à cause de la Méditerranée qu’il aimait tant.
Il chérissait cette mer non pas pour l’eau qui remplissait ses flancs mais pour les terres qui la découpaient. S’extrayant parfois de son banc, sautant au-dessus de ses congénères et contemplant ses rivages, il ressentait une grande fierté de lui appartenir, de rôder, libre et puissant, à l’intérieur de ses lignes brisées, longeant ses plages, heurtant ses promontoires et remontant ses estuaires.
Combien de fois, passant au large de Rome, s’était-il cru César ou kaiser à Trieste, tsar à Sébastopol, sultan à Istanbul, raïs au Caire, Ramsès II à Memphis, négus à Addis-Abeba, bey à Tunis, gouverneur à Alger, tyran à Syracuse, comte à Barcelone, président de la république à Marseille, tous les potentats locaux, les Cléopâtre aux seins d’albâtre, les princes des déserts, et les despotes sanguinaires, défilaient devant lui, il les reconnaissait, il se racontait leur histoire, et il faisait des bonds de joie au-dessus des rouleaux, alors que flottaient encore autour de lui les bois brûlés des batailles passées, Salamine, Lépante, Aboukir, Odessa, et les os blanchis des marins sacrifiés.
Et maintenant, il se trouve là, abandonné.
Il entend encore ce cri de fureur lorsque d’un coup de couteau, on le transperça, devant des faces jaunies, dans cette halle hurlante, vide d’eau et emplie de puanteurs cruelles :
« Nom de Dieu, il est blanc ! »
Il se croyait rouge, il n’était que blanc
Il gît sur ce trottoir où on l’a jeté, blessé à mort, les flancs palpitant encore, séparé des siens qui l’avaient toujours accompagné et qui le sachant différent l’avaient accepté comme un des leurs, sans un reproche, ni la moindre remarque, lui agonisant si loin des horizons qui avaient tenu une telle place dans sa vie, des criques devant lesquelles il croisait, des visages de l’histoire dont cette terre regorgeait, entouré des chats d’Osaka qui lui mangent déjà les ouïes.

Voir aussi:

"OBLOMOV" par l'écrivain Henri Lhéritier

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/2015/03/oblomov-par-l-ecrivain-henri-lheritier.html

Le tout meilleur d'Henri Lhéritier ici:

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LES CHATS D’OSAKA par l'écrivain Henri Lhéritier
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11 mars 2015 3 11 /03 /mars /2015 16:09
"OBLOMOV" par l'écrivain Henri Lhéritier

Il n’avait plus envie de rien.
Il ne sortait pas de sa maison lorsqu’il pleuvait et n’en bougeait pas non plus quand il faisait beau. Il ne souhaitait ni dormir, ni rester éveillé, se plaignant de s’endormir lorsqu’il était éveillé ou de se réveiller lorsqu’il était endormi.
Il n’était pas capable d’écouter plus de deux mesures du « Voyage d’hiver », et de boire plus de deux cuillerées de la soupe aux truffes noires qu’il préparait pourtant à merveille. Il ne faisait plus l’amour, ne tournait plus les pages d’un livre, ne regardait plus les étoiles, n’enfilait plus ses chaussettes, ne lisait plus un seul commentaire sportif dans son quotidien.
Parfois il avait l’impression d’être emporté au fil de l’eau, tel un chien mort, ballottant dans les remous, touchant une rive puis l’autre, cadavre raidi plongeant et surgissant, les pattes en l’air ou le museau à fleur d’eau, jusqu’à ce qu’un amas de branchages, le retienne, tournoyant dans une anse, désormais à la disposition des poissons, des oiseaux et des rats.
Et à d’autres moments, il n’était qu’un lichen de forêt nordique, attaché à son arbre, à peine oscillant au vent glacé de l’Arctique, insensible à l’humidité, au froid et aux caribous.
Quelque chose de la vie l’abandonnait, son âme s’évanouissait et le monde jour après jour lui devenait indifférent, il avait le sentiment que cette terre qu’il avait tant aimé, se dénudait, perdait ses atours, comme une jeune fille se déshabillant devant lui à qui chaque vêtement ôté enlèverait peu à peu l’essentiel de son charme et de son mystère..
Tout le lassait, tout le saoulait, le bruit d’un papillon le dérangeait, le vent dans les platanes l’irritait et les petits portraits qu’il s’amusait à faire, saynètes ou contes ou fables ou petits riens, appelez les comme vous voudrez, ne l’amusaient plus.
Et même celui-ci, il jeta son papier par la fenêtre, il ne le finirait pas !

La tramontane qui l’emportait l’a déposé devant ma porte.

Voir aussi:

Plus Henri Lhéritier ici

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