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L'archipel Contre-Attaque

  • : L'archipel contre-attaque !
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31 juillet 2015 5 31 /07 /juillet /2015 11:34
ART DRAMATIQUE! par l'écrivain Henri Lhéritier

Cette fois, quittant la terrasse, nous descendîmes dans sa cave, ce n’était pas une de ces caves de magnat que l’on visite avec componction et dont on comprend qu’elle n’est que plumes de paon. Elle ne constituait pas une vitrine, mais une sorte d’auberge de campagne où l’on se repose en regardant passer le temps, elle servait simplement à conserver des vins dont la seule destination était d’être bus, rendant ainsi hommage à leur statut d’amis du genre humain. Modeste et cachée, elle contenait des grenaches surpuissants aux ailes d’aigle, des carignans au goût de sang de bécasse, des rancios secs comme des coups de trique et roux comme des têtes de taureaux albinos. On va prendre celle-ci, dit-il en extrayant une bouteille revêtue d’une étiquette d’écolier, dont le millésime était si mal tracé à la main que je ne pus le déchiffrer, montons à la cuisine nous la boirons là-haut, j’ai quelque chose à vous dire.
Il me servit tout en parlant, vous savez, je suis en train d’écrire une pièce de théâtre, le carignan qu’il versait généreusement heurtait les flancs de mon verre et, se brisant en éclats, annonçait la complexité sauvage de ce que j’allais boire et l’illumination que j’en recevrai. J’ai une théorie personnelle dont je voulais vous parler, il avait recueilli une goutte accrochée au goulot de son index qu’il lécha, c’est plutôt une constatation : Une pièce de théâtre me semble réussie lorsque l’agitation du dehors fait écho à ce qui se passe sous nos yeux. Ce que l’auteur doit rendre au travers d’un drame se déroulant sur les planches, ce n’est pas tant la dramaturgie des passions, amour, haine, mort, jalousie que l’on sert à toutes les sauces, c’est d’abord la confuse rumeur de l’extérieur, le bruit des guerres, des révolutions ou la paix des braves. Dès lors ce qui paraissait convenu nous saisit dans toute sa réalité, nous n’avons plus d’effort à faire pour nous sentir dans la vie.
Je demeurais interdit, me demandant ce qu’il voulait signifier avec son histoire de théâtre.
Alors, me servant à nouveau une large rasade de carignan, il me dit, l’œil rieur : Vous n’avez pas l’air de saisir ma métaphore !
Une bouteille de vin est une pièce de théâtre, ce qui se joue à l’intérieur et touche votre verre est porteur d’une histoire qui s’est déroulée à l’extérieur. L’émotion que vous éprouvez n’est pas due à la seule excitation de vos sens, mais à la perception du dehors : soleil, vent, ciel, orages, histoire des hommes et des savoirs, et cette mystérieuse alchimie, qu’un végétal sait extirper de la nature, transforme un liquide en substance mémorielle.
On ne boit pas du vin, on boit le monde pour le porter en soi.

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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 16:29
ENGLAND, ENGLAND par l'écrivain Henri Lhéritier

Nous allons envahir l’Angleterre, me dit-il.
Ce n’est pas si souvent, vous savez, depuis Guillaume le Conquérant, ce Normand au beurre frais, natif de Falaise, nous n’avons guère fait d’incursions chez eux, ils doivent nous languir, d’ailleurs on leur manque tellement qu’ils ont piétiné nos plates-bandes plus souvent qu’on ne l’eut désiré.
Qu’en pensez-vous ?
Je n’en pensais rien. Envahir l’Angleterre n’était pas mon souci primordial et je voyais mal pourquoi les Anglais seraient aussi langoureusement attachés aux Français. On est plutôt antipathiques, non ? En outre il y avait suffisamment de vent chez moi et de confiture d’abricots pour aller m’enfouir dans le brouillard londonien et me remplir de marmelade de bigaradiers.
J’ai mon plan, continua-t-il.
Bon, il avait l’air d’y tenir.
Remontant la Tamise, nous passerons les Downs, arrivant à Londres nous dévasterons la ville, brûlerons Westminster, nous violerons un maximum d’Anglaises, les rousses notamment, et aussi la famille royale, à commencer par le prince de Galles, nous clouerons le Prime minister sur la porte du 10, Downing street et ferons défiler, devant nous, une corde autour du cou, les financiers de la City, nous récupérerons l’argent que Mme Thatcher a volé à l’Europe, nous précipiterons Nelson du haut de sa colonne et démolirons pierre à pierre Waterloo station, nous planterons des choux et des haricots tarbais dans Hyde Park et nous y ferons paître des brebis des Corbières. Sus ! Montjoie, St. Denis !
Je me demandai quelle folie le prenait.
Remontant au Nord, nous séparerons l’Ecosse de ce foutu pays et pillerons Islay.
Bon Dieu, ça y est, j’avais compris : le scotch !
Bowmore, Lagavulin n’ont qu’à bien se tenir. N’oublions pas d’apporter nos haches, la mer sera ambrée et saoule des fûts que nous éventrerons et, longtemps après notre passage, ses rivages porteront les traces du sacrifice.
En attendant, j’aurais besoin de quelques glaçons de plus et d’une dose supplémentaire, me dit-il en tendant son verre.
Mon Lagavulin, 16 ans d’âge, vivait ses dernières minutes, je n’aurais jamais dû lui en proposer.
Je vais être responsable d’une hécatombe franco-anglaise, me dis-je, et de la dévastation de Hébrides intérieures, j’aurais mieux fait de lui servir un thé avec un friselis de lait.

Voir aussi:

Le tout meilleur d'Henri Lhéritier

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15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 10:24
LE GRAND REMPLACEMENT! par l'écrivain Henri Lhéritier

Cela n’avait servi à rien que je me suicide sinon que les murs de ma cuisine dégoulinaient encore de mon sang et que mon coup de fusil foireux n’avait réussi qu’à me briser la mâchoire, si tordue maintenant que je suis obligé de me faire servir les frites, liquides, et dans un gobelet.
À mon retour, l’amant de ma femme couchait toujours dans le lit conjugal. Croyant que j’allais mourir, on m’avait avoué, à l’hôpital, que mes enfants n’étaient pas de moi et en ouvrant le courrier auquel nul n’avait touché, je constatais que devais toujours autant d’argent à la banque et aux impôts. Le monde allait moins bien que moi encore, les philosophes déclinistes, oiseaux de mauvaise augure, prédisaient toujours la fin de la France.
Tout a commencé avec cette histoire d’escargots, me disais-je en me rasant. J’avais gagné du temps, c’était le seul avantage de mon suicide, désormais pour cette opération, je ne devais me ratisser qu’une partie de la gueule, ma moustache ne repoussait même plus, je n’avais plus besoin de gonfler mes joues devant ma glace ou de tordre mon visage, j’étais devenu naturellement grimaçant.
Que m’avait-il pris de me lancer dans l’élevage de ces animaux glaireux ? Ma situation était-elle si obérée ? Elever trois cent mille escargots, mon Dieu ? Un nombre qui n’a cessé de croître, ces individus hermaphrodites connaissent tour à tour les délices de la pénétration et ceux de l’éjaculation, jamais las de ces exercices, ils ne cessent de se monter dessus, mettons-nous à leur place.
Résultat : des milliers et des milliers de gastéropodes, invendables, ça bave, c’est mou, sans goût, je ne sais pas dans quel pays attardé on peut bouffer ces trucs, et infréquentables, beurk ! fait-on dès qu’on parle d’eux.
Quittant la cour, en bas, ils se mirent à envahir la maison, dès lors nous en trouvâmes partout, dans les lits, les cartons à chaussures, les boites de sucre, les dessous de mon épouse, partout, cela craquait sous le pied, écraser un escargot, on connaît la sensation lorsqu’on marche dans le jardin après la pluie, mais les sentir, sous les draps, ramper le long de vos cuisses, les écraser par milliers, nuit et jour, sur les escaliers, les tapis, entendre les projections, voir les murs maculés de cette pâte biologique glissante et malodorante est une calamité.
Ce fut ma fin, je crus que le « Grand remplacement » était en marche, les Arabes censés nous remplacer étaient des escargots. J’ai perdu la tête.
J’ai commis l’irréparable, mais je me suis raté.
Et les escargots sont toujours là.

Voir aussi, le tout meileur d'Henri Lhéritier:

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8 juillet 2015 3 08 /07 /juillet /2015 10:32
TU NE LA BAISERAS PAS! par l'écrivain Henri lhéritier

C’était un type simple, bien mis sur lui, plutôt affable, menant correctement sa vie, responsable, posé, respectueux des lois, des règlements, de la morale et de tout ça.
Un honnête homme, aurait-on dit dans un autre temps.
Il avait une faille, une seule mais de taille, une obsession, il voulait à tout prix coucher avec la princesse de Clèves. On avait beau lui dire que c’était une forteresse sur laquelle d’autres que lui s’étaient cassé les dents, par exemple Nemours, que cette princesse-là gardait son devant et ses arrières aussi sûrement que l’on garde une centrale nucléaire, que nul n’avait pénétré au cœur de sa pile, sauf Clèves lui-même, encore était-il bien vieux et inoffensif, qu’il était donc probable que de son vivant personne n’avait trouvé le chemin de son paradis, et qu’il serait donc miraculeux que lui-même y parvint. On lui disait encore, pour essayer de tempérer ses ardeurs, qu’en son temps la formidable ligne Maginot à nos frontières était plus franchissable qu’elle, preuve en était qu’un président de la république n’avait pu pénétrer dans celle-ci, tandis que les armées allemandes s’étaient frayés un large chemin dans celle-là.
On lui suggérait aussi que ce n’était peut-être pas un si bon coup, que tout ce qui brille n’est pas or, etc., rien n’y faisait, je la veux, je la veux, trépignait-il, je veux toucher ses seins, ses fesses, je veux voir ses yeux se révulser lorsque mon prodigieux phallus la clouera contre la tapisserie de « La dame à la licorne ». De toute éternité, je lui suis destiné, le ciel m’est témoin qu’elle sera mienne.
La révolution y est passée dessus, sur son cadavre voulait-on dire, et tant de guerres, de catastrophes, de chiens errants, de vers de terre qu’il ne doit plus rester que des os (c’était bien la peine de se protéger ainsi, pensais-je, pour n’avoir plus à proposer ensuite que des os blanchis), alors à quoi bon ! d’autant que c’était plutôt une poupée de papier cette princesse, et ses tétons, son sexe, son postérieur et ses inaccessibles charmes étaient plus des lettres et des mots en un certain ordre assemblés que de la chair tremblante et moelleuse. En vain, il s’opiniâtrait malgré tout.
Je le revis, un jour, en compagnie de son ami, ça va mieux, me dit celui-ci en aparté, la Clèves est sortie de sa tête.
Puis, après un moment, alors que l’amoureux éconduit de la princesse s’éloignait un peu, il me dit :
C’est pire, maintenant il veut se taper Emma Bovary.

Le tout meilleur d'Henri Lhéritier:

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23 juin 2015 2 23 /06 /juin /2015 12:42
 "il voulut être César, il ne fut que Pompé". Clémenceau
"il voulut être César, il ne fut que Pompé". Clémenceau

Elle vient tous les mercredis, aujourd’hui elle est un peu en retard. Cela l’agace, car elle est ponctuelle et son travail exige une minutie dont tout le monde ne peut faire montre. Beaucoup s’y essaient mais avec des résultats aléatoires. Elle seule possède cette réputation, à laquelle elle tient, d’un savoir faire et d’une exigence de travail bien léché. Il faut qu’elle se hâte.
Pressant le pas, elle passe devant un type, le même qui se tient toujours là, qui, à chaque fois, très poli, la salue.
Elle connaît bien les lieux, la maison est vaste, pleine de coins et de recoins, avec des escaliers, des couloirs, des tapis anciens, des meubles d’époque, des tableaux d’histoire, c’est plutôt une belle demeure.
Cette après-midi elle n’a pas le temps de s’attarder sur l’architecture ou le décor, le temps presse, elle est en retard, elle n’aurait peut-être pas dû s’habiller de cette façon, son tailleur est trop tendu, il l’empêche d’accélérer le pas, et elle se demande s’il ne marque pas trop ses formes, il lui semble que tout à l’heure le type, en la saluant, s’est permis un sourire complice à la limite du coquin. Elle ne peut tout de même pas venir ici, un balai à la main, en blouse de technicienne de surface, son art exige un minimum de tenue.
Elle arrive enfin, un petit escalier dérobé, un virage, une porte dissimulée sous un rideau de velours rouge, elle y est.
Elle ne tape même pas, il a dû reconnaître le bruit de ses talons.
On l’attend avec, sous la moustache, un petit air de reproche, l’impatience, c’est normal, puis aussitôt après cette phrase rassurante, à la bouche : « Ce n’est pas bien grave, allez, allez ».
On se déboutonne. Elle se met aussitôt au travail.
Lui, assis à son bureau, contemple Lazare Carnot et Mac-Mahon, encadrant un buste de Marianne au regard énergique, offrant sa poitrine à la France.
Elle essaie de rattraper le retard, le fauteuil, pourtant massif, tremble. Qu’est-ce qu’elle a aujourd’hui, se dit-il. Quelle énergie ! Trop vite même ! Soudain le moment vient si délicieux où il va se libérer, où il pourra se remettre ensuite au travail, le corps en paix. Son œil en tournoie de plaisir.
Il tournoie et paf ! il se révulse, ne fixant plus rien, même pas la France.
Félix lui a pété dans les bras.
Elle n’est ni infirmière, ni médecin, ni croque-mort, elle fonce dans le couloir : Gardien, gardien, il s’est passé quelque chose !
La République venait de rester sur le carreau.

Le tout meilleur d'Henri Lhéritier:

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6 juin 2015 6 06 /06 /juin /2015 00:07
Perpignan Aujourd'hui 17h – 20h Maison de la Catalanité: lecture partagée du Tramway de Claude Simon, en 35 stations! interview Jean-Louis Coste et Henri Lhéritier par Nicolas Caudeville

17h – 20h Maison de la Catalanité – Perpignan
Lecture partagée du Tramway en 35 stations
par Samuel Fedoroff, Serge Bonnery, Marie-Claire Delmon, Philippe Meunier, Alastair Duncan, Aurélie Renaud, Roger Coste, Justine Baston, Cécile Yapaudjian, Henri Lhéritier, Nicolas Caudeville, Guilhem Rives, Amélie Orts, Marie Grau, Philippe Blanc, Lydie Parisse, Bernard Revel, Marianne Lauze, Christine Motta, Hannes de Vriese, Yves Gourmelon, Hyacinthe Carrera, Bertille de Swarte, Charly Prabel, Esther Assens-Mignon, Mathéo Salvat, Catherine Semat, Martine Créac’h, Joëlle Gleize, Christophe Caustier, Béatrice Alonso, Jean-Yves Laurichesse, Maria Moutot, Pascal Mougin, Françoise Merllié
Buffet ouvert au public

Le libraire Jean-Louis Coste raconte le Claude Simon qu'il à connu. Et l'écrivain Henri Lhéritier, nous parle du "Tramway"

Entretien

Voir aussi:

Perpignan:70 ans de librairie Torcatis interview Jean Louis Coste/Henri Lhéritier par Nicolas Caudeville

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/2015/06/perpignan-70-ans-de-librairie-torcatis-interview-jean-louis-coste-henri-lheritier-par-nicolas-caudeville.html

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3 juin 2015 3 03 /06 /juin /2015 16:30
Krach à toi!
Krach à toi!

Tous les quatre ou cinq ans, arrive un krach qui ratiboise tout et laisse le kraché raide comme une passe-lacet. Déplumé, débarrassé du souci d’attendre ou de choisir, fondamentalement élagué, il se met à errer sur les boulevards ou les quais du fleuve, hésitant entre prendre un café ou se jeter à la flotte, on le rencontre parfois au coin d’une rue, élégance vacillante, manteau dégarni, col au poil de renard fatigué, cravate fanée, semelle pré-battante, barbe en jachère, pas tout à fait prêt pour la soupe populaire mais l’œil déjà fixé sur son entrée, bredouillant des : « Pourtant, les fondamentaux, pourtant… ». Un jour, il rencontre son banquier, la gamelle à la main, pas le banquier, lui, car ça y est, il a plongé : « Et les fondamentaux », lui dit-il. « Quoi, les fondamentaux ? » fait l’autre, le reconnaissant à peine. Les miséreux sont une clientèle que les banquiers n’ont pas encore parfaitement étudié, ils en mettent au monde mais ils ne les élèvent pas. « Ils étaient bons, vous m’aviez dit… », il pleurniche presque, c’est désagréable un pauvre, le banquier détourne la tête, il doit déjà puer, c’est sûr, il a presque envie de le tutoyer, allez, il le tutoie : « Tu sais, mon vieux, rien n’est facile, je puis te rassurer, bien sûr qu’ils étaient bons les fondamentaux, ce sont les nouveaux… ». « Les nouveaux quoi ? » se lamente le futur noyé car il flotte déjà un peu, ses yeux sont glauques, ses cheveux collent à son crâne, un peu de mousse y adhère, ses pompes prennent l’eau. « Les nouveaux fondamentaux, enfin ! La visibilité, la présivibilité, la postvisibilité, ceux-là n’étaient pas bons, les anciens fondamentaux, oui, les nouveaux, non…, bon je file, j’ai un client à voir ». « Oui, c’est ça, file, enculé, va. ». La grossièreté lui fait du bien au kraché, c’est une outrance de langue qui exprime à la perfection son nouveau regard sur la société qui l’entoure. Il se prend à insulter tout le monde, même Dieu. Ce qui lui fait du bien aussi, c’est de voir des types dans les bistros qui ne joueront jamais un sou en bourse, qui misent tout sur une seule matière première, le zinc, et ne sont jamais déçus, ils n’ont pas envie d’assassiner leur banquier, eux. Il les observe, sereins entre les publicités Byrhh et Amer Picon, il les admire. Qui a dit, l’absinthe tue. Elle conserve. Dans une autre vie, il n’ouvrira plus jamais la porte d’une banque, il peut en faire le serment, jamais plus, il se mettra à picoler, à picoler sec, c’est sûr, pas un sou de côté, rien, pas ça, les sous de côté, ça bouffe le bonheur, il plie un peu le dos, un chien le suit, attaché à une ficelle, il pense une dernière fois, à son épouse et à ses enfants qui ont refait leur vie et s'enfonce dans la nuit.

Le tout meilleur d'Henri Lhéritier!

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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 15:24
Comme disait Coluche!
Comme disait Coluche!

« La littérature n’est pas un monument, ça peut s’installer ou se dissiper, elle n’est pas faite pour être contemplée, elle est destinée à être habitée. Pourquoi pas un monument au fond, mais il faut alors qu’il tombe sur la tête du lecteur, faisant de lui une victime, d’une heure, d’un jour, ou d’une vie entière. On ne doit pas ressortir indemne d’un livre, mais tout cabossé, les plafonds vous sont tombés dessus, vous avez du papier peint autour du cou, des poutrelles en croix dans le dos, un sein de Diane chasseresse dépasse de votre poche, et vous tenez encore une de ses cuisses dans la main, plâtre et poussière vous font une gueule d’acteur de théâtre nô japonais, en enjambant des pierres chues, en escaladant des gravats, vous avez réussi à vous extirper du chantier de démolition. Vous y avez laissé des plumes, mais vous êtes sauf, cependant il vous faudra du temps avant d’ouvrir un nouveau livre, reprendre votre souffle, vous épousseter, vous interroger sur ce que vous avez vécu et ce qu’il est encore possible de lire après cette expérience.
Certains écrivains construisent des monuments, ce sont des maçons qui se mesurent à quelque chose qui les dépasse, qui empilent de la pierre de taille factice, en n’ayant le souci que de leur propre majesté. Or la littérature c’est plus léger que l’air, dès qu’elle aperçoit de la grandeur, elle fuit, s’évapore. La beauté d’un monument provient des ruines préfigurées. Les écrivains maçons, eux, posent directement des vestiges sur le papier.
Une statue de Shakespeare, en plâtre, trône sur leur bureau ainsi que le masque mortuaire de tartempion, de temps en temps ces écrivains lèvent les yeux sur l’Anglais célèbre ou sur le mort, occis dans le lit de sa maîtresse, par trop d’assauts à un trop grand âge, ou tué par des whiskys doubles, en se disant que finalement, il n’y a pas de quoi, qu’eux aussi, ma foi, dans certains cas, et d’ailleurs les lecteurs de qualité verront bien que… et ils se remettent à écrire, leur œuvre postiche, sous le regard des géants. »
Jamais la coupole n’avait autant ressemblé à un hospice de vieillards. Depuis un moment, on entendait des gémissements, puis ce furent des râles. Que lui prenait-il à cet écrivain de lire un discours de réception si arrogant ? Qui était-il ? Quel malheur d’avoir élu un slameur, une sorte de racaille, comme on les appelait ici ! On ne les y reprendrait plus. Les bicornes avaient volé, les insultes aussi. Les services de sécurité avaient évacué des académiciens verts de rage qui s’étaient fait dessus, ils circulaient maintenant dans les travées pour ramasser des immortels morts et empêcher certains, épée en main, de se faire hara-kiri.

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28 mai 2015 4 28 /05 /mai /2015 12:22
 SILENCE par l'écrivain Henri Lhéritier

Depuis que j’écris, je me heurte à cette difficulté qui n’est pas tant l’art de trouver le mot adéquat, celui qui coule de source, n’a nul besoin d’adjectif et qu’aucun autre mot ne peut remplacer, j’y réussis parfois, ce n’est pas non plus l’emploi d’un verbe dont la précision rend l’adverbe inutile, pas plus que l’invention d’un rythme ou d’une couleur, mélancolie ou allégresse, qui sont le plus souvent du domaine du fortuit, non, ma grande interrogation est : comment dire le silence dans le champ de la littérature ?
Il existe la virgule, elle marque une pause, le point virgule qui force la durée de cette pause, le point, silence temporaire plus impérieux ou encore les points de suspension, hésitation ou doute. Ces symboles, les uns comme les autres, ne qualifient pas le silence et ne précisent en rien sa durée, ils sont seulement des arrêts, extérieurs à la littérature, ils n’ont pas plus de sens qu’une consonne isolée au milieu d’une page. Quelle est la force d’invention d’un point ou d’une virgule, vers quel imaginaire envoient-ils ?
Cesser d’écrire serait une solution. Surtout pour un type comme toi, ricane un ami, lorsque j’évoque ce problème. Je sais ce qu’est le silence, j’exerce régulièrement cette non activité, lui réponds-je, et si les moments de vide me sont difficiles à supporter, ma vie est plus souvent silence que mots, mais ce que je veux trouver, à l’intérieur même de la littérature, c’est justement un moyen d’exprimer ce silence auquel les musiciens savent donner une durée, les sculpteurs une forme, les peintres des couleurs, alors qu’aucun écrivain, à ma connaissance, n’a été capable lui inventer une existence littéraire.
C’est une tâche bien vaniteuse de m’en préoccuper. Qui suis-je pour imaginer que je pourrais un jour trouver une réponse à cette question ?
Un matin, cependant… Un artiste n’est rien s’il ne rencontre pas un consommateur de son art qui réinvente sa création.
C’est plus sensible encore dans la littérature qui n’est ni images, ni sons, et qui laisse au lecteur la liberté de les produire, celui-ci devient co-auteur. Si les mots ne sont pas de lui, la représentation sonore et imagée qui se forme dans son esprit est sa propre création, et le silence aussi lui appartient.
Au fond le silence, en littérature, n’est pas l’affaire de l’auteur, c’est celle du lecteur.
C’est une idée qu’il me faut creuser, ou alors me taire à jamais.

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15 mai 2015 5 15 /05 /mai /2015 11:23
Elvis presley vieilli
Elvis presley vieilli

Je venais d’acheter une voiture, « une allemande ». Tout à ma joie d’être installé dans une automobile produite par un pays qui avait fait les « réformes nécessaires », je bombais, je bombais, doublant à tour de bras, sur l’autoroute, des « françaises » fabriquées par un pays qui lui ne résolvait pas à se corriger, d’après certains, de sa gabegie sociale et financière. Guderian d’un blitzkrieg, économique, je ricanais en dépassant les laissés pour compte du libéralisme triomphant.
Tout à ma découverte, je touchais les boutons, comme un adolescent palpe les formes naissantes de sa camarade de classe, vérifiant les voyants et expérimentant les options lorsqu’une radio du bord jusqu’alors dissimulée et soudainement réveillée me délivra une effarante nouvelle.
Les éditeurs sont des gens chanceux, je le savais, ils ne cessent de trouver dans des placards, des inédits d’auteurs morts et archi morts.
Un record venait d’être battu ! On avait découvert une quarantaine de romans posthumes de Barbara Cartland, décédée en l’an 2000. On était sûr que Barbara était morte, on ignorait qu’elle écrivait encore. Un miracle ! En théorie, on a plus de chances de tomber, dans un grenier, sur des inédits d’un inconnu que sur ceux de Barbara Cartland, épongée jusqu’à l’os, de son vivant, du moindre de ses aurifères romans.
Les éditeurs de musique ne sont pas en reste : on exhume régulièrement une sonate, un concerto ou même une symphonie de Mozart et des clones de Wolfgang et de da Ponte nous préparent sans doute pour les années à venir des opéras redécouverts.
Il existe une industrie lucrative de « la création posthume ». On prétend que va apparaître un « Journal » inédit et néanmoins d’outre-tombe d’Arthur Conte et comme certains affirment avoir vu passer Elvis Presley dans une Cadillac rose, un sandwich à la banane dans la bouche, des « Love me tender » doucereux ne manqueront pas d’apparaître un jour.
Mon « allemande » n’avait-elle pas été inventée par Speer ou même Hitler et redécouverte par madame Merkel ? Cela traversa tout à coup mon esprit, en un choc mental pire que Stalingrad !
Ce fut au tour des véhicules français de me dépasser, leurs occupants me faisaient des bras d’honneur. Je me garai sur une aire d’autoroute et faisant le tour de mon « allemande », je vérifiai si elle ne commençait pas à porter des stigmates de sa mutation probable en char Tigre.

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