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L'archipel Contre-Attaque

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26 octobre 2015 1 26 /10 /octobre /2015 13:01
HISTOIRE DE MA RÉSURRECTION par l'écrivain Henri Lhéritier

Je m’étais réveillé avec, à côté de moi, dans mon lit, une femme qui n’était pas la mienne et qui dormait.
J’ouvris à nouveau un œil quelques instants plus tard lorsque les Ottomans s’étaient emparé de Constantinople. Elle dormait toujours.
Même dans la pénombre, j’en étais sûr maintenant, je ne la reconnaissais pas. Lui jetant des regards étouffés, des regards de couette, je me repliai, de crainte de l’effleurer, au bord extrême de mon lit, du côté de mes pantoufles, côté gauche où je tentai de réfléchir pendant que Soliman n’en finissait pas de régner avec magnificence. À la radio le matin, ils diffusent d’incroyables conférences destinées à réveiller les dormeurs ou à endormir les auditeurs, on ne sait pas ! Depuis une semaine on avait droit à un panorama complet de l’empire ottoman, le sort des Turcs, à l’heure présente, m’importait moins que la présence de cette forme allongée si proche, une belle femme, le drap remonté jusqu’au menton, au visage reposé, mi-souriant. J’avais déjà connu quelques matins nauséeux où je ne reconnaissais rien, pas même mes pantoufles auxquelles j’étais pourtant habitué, style babouches, aujourd’hui je me sentais dans un jour ordinaire, cette présence à mes côtés était un phénomène qui ne dépendait pas de mon état mental, ni imaginaire, ni posthume puisque me touchant, je constatai que je vivais.
Je soulevai le drap et le rabaissai aussitôt : nue, elle était nue. Extrêmement. La clarté d’un corps l’emporte toujours sur l’obscurité de la nuit.
Pendant ce temps, trente mille turcs venaient d’aller au tapis, le conférencier s’en étouffait de bonheur, à Lépante, une ligue de catholiques bon teint, rangés sous un oriflamme papal avait envoyé par le fond, pour le principe, des pauvres types attachés à leur galère à qui on avait sans doute promis une croisière en Méditerranée, sans danger, ni tempête. Depuis six siècles qu’on leur tape dessus, les Turcs n’ont encore rien compris, ils persistent à vouloir entrer dans une Europe où personne ne les veut, sauf moi, me disais-je à chaque fois que cette histoire d’adhésion de la Turquie revenait sur le tapis. Mais je comptais si peu et pour tout dire, je m’en foutais, surtout à l’heure présente où la question turque n’était pas mon problème le plus crucial. Puisque je ne reconnaissais pas ma compagne de lit, un doute me vint avec soudaineté, peut-être moi-même, n’étais-je pas moi ? J’étais un autre, il n’était pas impossible qu’elle soit elle, et que moi je ne sois pas moi, en d’autres termes l’inconnu dans ce lit n’était pas elle, c’était moi. J’étais chez elle et pas chez moi.

A SUIVRE (PEUT-ÊTRE)

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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 15:12
OBSCURE CLARTÉ par l'écrivain Henri Lhéritier

Il pleuvait dru. Des gouttes virulentes tapaient contre les vitres de la porte-fenêtre.
À travers la buée nous regardions les géraniums en pot et la gamelle du chien flotter sur la nappe d’eau qui noyait la terrasse. Elle commençait à ressembler à une mangrove.
Ecoutez, me dit-il :
« Ce lieu me plaît, dominé de flambeaux,
Composé d'or, de pierre et d'arbres sombres,
Où tant de marbre est tremblant sur tant d'ombres;
La mer fidèle y dort sur mes tombeaux! »
Il ne décrivait pas sa terrasse, il faisait référence à un cimetière, à Sète, au sommet du Mont St. Clair, d’où vivants et morts aperçoivent comme un « toit tranquille », la mer qui « palpite entre les pins, entre les tombes ».
C’est une chose que j’admire ce « Cimetière marin », me dit-il, j’ai toujours été tenté d’apprendre par cœur les vingt quatre strophes de ce poème, mais qui écouterait aujourd’hui cent quarante quatre vers de Paul Valery, surtout lus par moi. D’ailleurs, Paul Valery ne revendiquait-il pas de pouvoir écrire « l’obscur », et dans nombre de ses textes il ne s’en est pas privé. Hé bien !, voyez-vous, je crois que l’espace naturel de l’écrivain est l’ellipse, le difficile, le voilé et même le tu, mais jamais l’obscur.
Un texte est un iceberg, la partie supérieure est parfaitement visible, l’inférieure immense et insondable. Dessus, une glace crevassée et bleue sculptée par le vent et l’océan est le domaine de l’écrivain, dessous c’est celui du lecteur. Faire de l’obscur un attribut de la littérature est un jeu, un rébus, une sorte de sudoku, ce n’est pas écrire, car écrire ne consiste pas à dire l’obscur ou la clarté, mais seulement à diffuser une lumière à laquelle est naturellement attachée son ombre. L’écrit fait exister le non écrit.
Vous ne faites pas un peu d’obscur, là ? lui dis-je.
Non, d’ailleurs tout ce que l’on peut énoncer au sujet de la littérature, tout attribut que l’on veut lui coller, policière, d’aventure, érotique, sentimentale ou je ne sais quoi me paraît être comme une étiquette sur un aliment désossé ou pré mâché, présenté sous cellophane. La littérature n’est rien de cela et tout cela à la fois. Lire ce n’est pas contempler un glaçon dans un verre, c’est se confronter à un iceberg. Il me jetait des définitions à la figure, qu’il me restait à digérer.
Pendant ce temps, la gamelle du chien était en train d’obstruer l’évacuation de la piscine et l’eau commençait à devenir menaçante.

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29 septembre 2015 2 29 /09 /septembre /2015 14:17
PISTEUR DE MOTS FLÉCHÉS par l'écrivain Henri Lhéritier

Proclamant que la presse « people » est une honte, il se précipite en général sur le « Paris-Match », souvent froissé, qui traîne sur la table basse d’une salle d’attente, en compagnie de quelques « Figaro Madame » (genre illisible dont on ne sait jamais si on tente, dans les pages intérieures, de vous vendre une culotte « Chantal Thomass » ou le programme politique poissard de Nadine Morano) et de la collection complète de « Valeurs actuelles » s’apitoyant sur le sort malheureux des Français de souche, blancs, catholiques, aisés, dont la civilisation se meurt à cause des Arabes.
Il n’est pas encore tombé aussi bas, et d’ailleurs, changerait-on de civilisation comme de chaussettes, il s’en contreficherait.
Se saisissant du numéro disponible de « Paris-Match » et prenant à chaque fois, à témoin les patients qui attendent, il lâche à haute voix: « Ah, ces professionnels de la santé, dire qu’on leur confie la nôtre et qu’ils sont capables de lire des machins aussi immondes ».
Il y a les photos tout de même, des photos de vacances heureuses et ensoleillées, dans des pays dont les civilisations sont encore vivantes, et accueillantes aux nantis : princes déchus de familles royales dégénérées, jet setters cocaïnés à mort, hébergés par un industriel de la biscotte ou du préservatif, sur quelque yacht immatriculé dans une île à palmiers bourrée de requins, de rhum blanc et d’avocats fiscalistes, chanteuses nues, hommes politiques, en short et lunettes « Thom Browne » préparant leur rentrée devant des cocktails glacés et des serveuses noires en minijupe.
Mais ce qu’il aime surtout, c’est le mot fléché, dépucelé par quelqu’un avant lui et abandonné en chemin. Son grand plaisir est de le terminer, ricanant alors sur l’inculture des patients précédents et éprouvant ce sentiment de supériorité, naturel chez lui mais qui s’alimente à de bien modestes nourritures. Il arrive parfois qu’un gamin, à qui il a envie de flanquer des baffes, lui marche sur les pieds et bave sur son pantalon, tandis que la mère, inconsciente des méfaits de son rejeton, lit, passionnée, dans « Closer », son horoscope où elle apprend qu’elle risque de rencontrer le nouvel homme de sa vie ou bien un autobus en pleine poire, selon que Mercure passera ou pas devant Jupiter.
Lorsqu’il pressent que vient son tour, il se lève, triomphant, repose l’hebdo, et, une fois dehors, sur le boulevard, se met à la recherche d’une plaque de cuivre quelconque où il pourra récupérer un nouveau numéro de « Paris Match » et un mot fléché abandonné en cours.
C’est sa conception du bonheur, laissons le faire !

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23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 14:36
L’ÉJACULATION DU CHARDONNERET par l'écrivain Henri Lhéritier

Il arborait un sourire égrillard qui n’était pas dû qu’au rancio sec que nous buvions sous la glycine. Un chardonneret gazouillait au-dessus de nos têtes. Il est plutôt calme, fit-il en levant les yeux vers les branchages, mais l’avez-vous entendu, lors de l’appel du sexe, l’avez-vous vu frétiller des ailes ?
Non, lui dis-je, j’ai mes propres soucis sexuels, l’excitation emplumée et charnelle des chardonnerets n’a jamais éveillé ma curiosité. Seule ma référence personnelle au sexe m’intéresse. N’ayant pas d’ailes pour frétiller et gazouillant mal, je me contente des armes plus sérieuses que, dans sa grande bonté, la nature m’a confiées.
Cela avait-il réveillé en lui une réminiscence charnelle ?
Cela remonte à loin, me dit-il, au temps où courant dans les rues de mon village, je n’avais pas encore songé aux choses de la chair, si ce n’est par cette constatation que les hommes, les bêtes et les plantes se reproduisent afin que le monde continue d’exister. Quelques fulgurances et des désirs dont je discernais mal le but, me traversaient quelquefois et une certaine excitation de la chair me laissait entr’apercevoir des effets prometteurs, mais je n’avais pas établi de liens précis entre mon corps et celui de l’autre. Un jour un de nos voisins que j’avais aidé à tailler des roseaux, me donna un billet, c’était mon premier argent. Y a-t-il une passerelle entre l’argent et la chair ? Toujours est-il que l’idée naquit subitement que je devrais profiter de cette occasion pour décrypter les mystères qui pointaient le bout de leur nez. Je me rendis à la ville où des maisons fournissaient des initiations tarifées, clef en main.
La somme n’était pas suffisante. Me voyant rouge et intimidé, on me fit une ristourne, au fond c’était une inauguration en fanfare, elle justifiait un prix promotionnel.
La dame que j’avais choisie, légèrement potelée, et sentant bon, ressemblait à ma mère et me traitait comme elle, au début tout au moins, j’étais si en émoi, si en confiance, qu’à peine les premières manœuvres engagées, je sentis partir en un instant, tout ce que j’avais emmagasiné, dans une expulsion si rapide qu’elle ne m’apporta aucun contentement, à peine le sentiment d’une libération, comme lorsqu’on fait pipi après une longue attente.
Oh, dis-je à la dame, tout m’a échappé. Cela ne compte pas dites, hein, cela ne compte pas. Ce n’est pas ça l’amour, hein !
Elle accepta un second tour. De ce jour, je compris que la compassion féminine n’est pas un vain mot, et qu’en revanche, en amour, la fébrilité met en danger la bonne marche des opérations.

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19 septembre 2015 6 19 /09 /septembre /2015 18:06
FRONTIÈRES : LE RETOUR ? par l'écrivain Henri Lhéritier

Elles nous ont donné tellement de satisfactions ces frontières, que certains prient, supplient, exigent : Redonnez-nous des frontières ! Celles-ci, dans un souffle, disent : Nous ne séparions pas, nous divisions. On s’en moque, c’est ce qu’il nous faut, répondent-ils.
Ah ! Cette sensation délicieuse du claquement de menton, du frémissement de sourcil pour chaque mètre carré de sol national menacé, cette vanité satisfaite par la diplomatie de la canonnière, cette vénération du héros mort à la guerre. Ce ne sont plus des chars qui forcent nos entrées dans des déflagrations d’obus qui tuent, mais un danger infiniment plus grand, des milliers d’hommes, dépenaillés, accompagnés de leur épouse, un enfant dans les bras, armés des plus mauvaises intentions à notre égard. Nous devons nous ressaisir, rejeter ces va-nu-pieds nous menaçant de leur misère sur le sol sacré de la patrie.
Nos oiseaux de malheur, se qualifiant de penseurs, nous alertent, jour après jour, du matin au soir, dans les médias, des dangers que nous courrons : Arrière les droits de l’homme, arrière Diderot, Voltaire, Rousseau et Montesquieu, arrière les Lumières, arrière l’émancipation des hommes ! C’est la fin d’une civilisation, finissent-ils, lugubres, à la péroraison de leur diatribe.
Elle est morte notre civilisation, depuis longtemps déjà, vous ne le saviez pas ? Ce n’est pas les autres qui l’ont tuée, c’est nous ! Elle est morte à la porte des camps de la mort, de celle-là nous ne voulons plus. Celle que nous fonderons, contre vents et marées, se débarrassera de la xénophobie, du racisme, des antagonismes stupides, des iniquités qui nous ont conduit à cette fin immonde. Nous ne laisserons jamais s’éteindre cette flamme vacillante : l’humain et sa réelle présence.
Continuantleur marche en arrière, les ténébreux idéologues sautent à pieds joints au-dessus du XVIIIè siècle, allant de restauration en restauration. Après la reconstitution des frontières, vivement le despotisme, disent-ils, ordre, discipline, travail, famille, patrie, que renaisse une école formant des élèves ouverts sur le passé, les nourrissant de valeurs : héroïsme, grandeur, transcendance, une école qui leur fasse miroiter un avenir monochrome, blanc et catholique.
Après le despotisme, la barbarie ! Qu’importe ? Tout plutôt qu’un futur métissé. En arrière toutes !
Même si vous remportez, de ci de là, quelques petites victoires, cette civilisation nouvelle, entreprise malgré vous, nous l’accomplirons quand même, soyez en sûrs, sans vos frontières et vos valeurs.

Le tout meilleur d'henri Lhéritier:

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18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 15:06
TABLEAU DE CHASSE par l'écrivain Henri Lhéritier

C’était un vieux général qui avait mitraillé des tas de braves gens tout au long de sa carrière.
Pour en protéger d’autres, mon petit, me disait-il.
Je gobais ce message, m’émerveillant de la fraternité des militaires et de leur sacrifice à notre service.
Le vieux général érigeait ses mots en principe universel : « tuer pour que d’autres ne meurent pas », dans sa bouche, cela devenait un humanisme.
Une monumentale escroquerie, oui ! Je le sais aujourd’hui : une canonnade déguisée en pensée ! On peut chiffrer avec exactitude le nombre de ceux que l’on tue, il s’agit d’une réalité. Mais connaît-on le nombre de ceux que l’on sauve ? Jamais ! Ils ne sont qu’une pure hypothèse, parfois même un mensonge.
Cette histoire de sauvegarde d’innocents sert d’alibi à ceux pour qui tuer est un métier et un honneur. Hommes politiques et militaires, en toute immoralité, se découpent des tranches plus ou moins épaisses de vies prétendument sauvées, selon le poids des médailles qu’ils veulent s’attribuer ou des galons auxquels ils postulent.
Regardez ceci, me disait parfois le vieux général, en me montrant du doigt, un sous-verre accroché au mur de son bureau, entre des casques, des képis, des épées et des fusils, un tableau d’honneur, une sorte de certificat de bonne conduite, revêtu de la signature d’un ministre, et moi, comme un imbécile, ravi de considérer que ces morts étaient utiles pour sauver des vivants, je m’extasiais devant ces chiffres :
Allemands : 192 morts, (le général n’était alors que sous-lieutenant).
Indochinois : 3518 morts, (il était passé colonel).
Algériens rebelles : 6212 morts, (il était général).
C’était eux ou nous, m’expliquait-il, j’ai fait mon devoir !
J’aurais dû me méfier et m’étonner que le monde nous veuille tant de mal pour justifier tant de morts, nous qui ne demandons rien à personne.
À ce prix-là, est-il bien utile de prétendre nous sauver ?
Contre la vieillesse et la maladie, le général ne put massacrer personne à sa place.
Il mourut.
Des morts sans raison et des vivants protégés sans cause, il était le seul à ne pas être innocent.

Le tout meilleur d'Henri Lhéritier

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31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 15:24
« VISA » SANS VISAGE par l'écrivain Henri Lhéritier

« VISA » SANS VISAGE

Selon que l’on est puissant ou misérable notre visage, son image plutôt, n’a pas la même valeur.
Les modèles involontaires des photos exposées à travers de la ville, lors du festival « Visa, » à Perpignan, ignorant l’exploitation que l’on fait d’eux, ont peu de chance de trouver un de ces avocats tonitruants, défendeur du droit à l’image, qui se déciderait soudain à protéger leur visage, si grossièrement exposé, aux fins d’émotions spectaculaires, dans tous les lieux de la cité. Ce serait pourtant une belle cause humanitaire.
Quelle désinvolture, celle qui consiste à afficher, sans autorisation, les traits de la misère, de la peur ou du désespoir, en les captant, gratis, au bout du monde, tandis qu’à notre porte, sous peine de procès, on ne peut plus se permettre de publier la photo d’un passant anonyme, sans que la justice n’ait son mot à dire. Même la gueule du chien de telle ou telle starlette est floutée au nom du droit des animaux.
L’homme d’Occident serait-il plus fragile ? Serait-il plus respectable que l’homme du tiers monde ? Plus susceptible ? Plus timide ?
La misère a un visage, la richesse n’en a plus ou ne montre le sien qu’en le monnayant.
Avec nos photos, monsieur, nous faisons une bonne œuvre, nous plaidons, auprès de l’Occident, la cause des humains abandonnés aux quatre coins du monde, nous sensibilisons les citoyens aux malheurs qui frappent là-bas. Se donne-t-on bonne conscience avec cet argument ? D’ailleurs, ajoutera-t-on, cynique, avant leur droit à l’image, il est nécessaire de songer d’abord à les soigner et à les nourrir.
Or, on ne fait rien de cela, on les repêche en mer en pestant contre leur nombre, leur sans-gêne, et on les expose pour titiller notre voyeurisme. Ne serait-ce point un néo-colonialisme, cette utilisation artistique du malheur ?
Ne faudrait-il pas donner les mêmes droits que nous à ces damnés, des droits supplémentaires même car leur déchéance nous fait un spectacle ?
Voici un projet intéressant pour «Visa »: œuvrer à la création d’une fondation du droit des sans droits, une Sacem de la misère.

Voir aussi:

Roman:Les Vêpres Siciliennes d'Henri Lhéritier, chez trabucaïre éditions! interview par Nicolas Caudeville

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/2015/08/roman-les-vepres-siciliennes-d-henri-lheritier-chez-trabucaire-editions-interview-par-nicolas-caudeville.html

Et le tout meilleur d'Henri Lhéritier

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29 août 2015 6 29 /08 /août /2015 11:13
Roman:Les Vêpres Siciliennes d'Henri Lhéritier, chez trabucaïre éditions! interview par Nicolas Caudeville

Les Vêpres Siciliennes est le dernier roman d'Henri Lhéritier au édition du Trabucaïre.

Ces Vêpres siciliennes, comme ce titre ne le dit pas, sont le récit d’un voyage Rivesaltes-Paris et retour.Henri Lhéritier fait donc aussi de la littérature de voyage ? Non, Henri Lhéritier fait de la littérature, point.Le voyage n’est qu’un prétexte. Du ventre de Paris, dans un étincelant glissement artistico-historique, il extirpe tout ce qu’il voit, entend, hume, avale et découvre.
Palais du Luxembourg, Université de Nanterre, brasseries et caves à vins, métro, églises, musées et pour finir, comme il se doit, Notre-Dame-Paris vaut bien une messe ! Dans ce capharnaüm de lieux, on croise Pierre Benoit, quelques bouteilles de sancerre, un vendeur de chaussures, Echenoz, Renoir, Laurent de la Hyre, Soutine, Paul Claudel, les orfèvres de la Saint-Eloi, saint Paul, les cadavres des catacombes de Palerme et les cavaliers de l’apocalypse sicilienne, souvenez-vous, c’était le 30 mars 1282, un lundi de Pâques à l’heure des vêpres. Un carnage dans la cathédrale.
Du Cervantès, du Victor Hugo ? … non, du Lhéritier, du très bon Lhéritier pour un très beau voyage.Entretien avec l'écrivain après une entrecôte, frites, qui avoue que lorsqu'il n'écoute pas de la musique classique ou baroque, s'avoue amateur du groupe "Cavale" de Prêle Abélanet.

Voir aussi:
Le tout meilleur de Henri Lhéritier

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Vidéo: Tribute à l'écrivain Henri Lhéritier: dix petits comptes et quelques bonus à Cassanyes!

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/2014/12/video-tribute-a-l-ecrivain-henri-lheritier-dix-petits-comptes-et-quelques-bonus-a-cassanyes.html

CAVALE musique à imagination libre, sort son nouvel album "Partir" interview Prêle Abelanet,Olivier Chevoppe par Nicolas Caudeville

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/2015/06/cavale-musique-a-imagination-libre-sort-son-nouvel-album-partir-interview-prele-abelanet-olivier-chevoppe-par-nicolas-caudeville.htm


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24 août 2015 1 24 /08 /août /2015 16:13
PENSEURS COIFFEURS par l'écrivain Henri Lhéritier

Alain était professeur de philosophie. Né Emile Auguste Chartier, il se faisait appeler Alain comme, par exemple, le chanteur Christophe se fait appeler Christophe alors qu’il s’appelle comme tout le monde.
Cet Alain ne nous dépayse pas. On compte un grand nombre d’Alains contemporains, ce sont les « nouveaux philosophes », nouveaux comme la 203 Peugeot l’était par rapport à la 202, qui ont vocation à répondre à toutes les questions. Aujourd’hui on ne les nomme plus ainsi, on les appelle, lorsqu’on est poli, les vieux grincheux. Ils ont fondé une école à compétence universelle spécialisée dans l’art du lieu commun érigé en concept et de l’identité montée en épingle.
Ce conglomérat de cuistres n’est pas une invention moderne, Molière l’avait stigmatisée dans "Les Femmes savantes" et lui-même la tenait des Grecs, bref…, rien de nouveau sous le soleil. De la banalité maquillée en pensée.
Ces « penseurs coiffeurs » ne vous rajoutent pas de poils sur le caillou, ils donnent une coupe moderne à ceux que vous possédez encore. En sortant de l’échoppe, tant que durent les effluves de l’eau de toilette, vous éprouvez un vif sentiment de puissance, mais si, approchant de votre domicile, vous vous mettez à penser qu’il faudra peut-être laisser cuire les pommes de terre un peu plus longtemps, c’est le signe que les penseurs médiatiques ont pénétré votre cerveau car ils commencent toujours par les pommes de terre.
Alain a écrit des « Propos », c’est un peu ce que je fais : du bavardage. Le sien, édité dans la Pléiade, est surélevé. Il bavarde au sujet de Marx, Hegel, Diogène, il suffit de considérer Alain comme un amuseur pour prendre du plaisir. Un début inopiné, des variations au milieu, des fausses pistes, des interrogations, une chute, c’est bien fait, cela véhicule un vieux fond d’enseignant IIIème République, avec une touche rurale, mais de philosophie point ! Un Propos d’Alain c’est un bibelot de foire sur un piano à queue.
Chez nos Alains actuels, les studios audiovisuels l’ont emporté sur l’universitaire et le littéraire, la couche du savoir s’est effilée au profit d’un surparaître au langage branché. Ils roulent carrosse et ont des coquetteries de star. De philosophie point, non plus. Pas un concept, pas une idée nouvelle, un simple recyclage de propos de comptoir éculés, de vaines références à un passé révolu, réinventé pour les besoins de la cause, accompagné d’une intense satisfaction de soi.
C’est de la « philosotique », matière nouvelle à ranger aux côtés de la bureautique et de la robotique.

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2 août 2015 7 02 /08 /août /2015 10:36
 MOINS CHER, JOUR APRÈS JOUR! par l'écrivain Henri Lhéritier

C’était un épicier en gros qui parlait comme un philosophe bucolique, qui n’oubliait jamais, présentant ses yaourts, de vanter leur dimension humaine et animale car le lait dont ils étaient issus était extrait de vaches qu’il connaissait, qu’il voyait paître dans sa Bretagne natale qu’il aimait tant, au milieu des chapeaux ronds des Bretons qui croyaient dur comme fer aux druides et aux calvaires des carrefours qui rappelaient le souvenir des marins disparus en cette mer qui se brisait à la pointe du Raz où finissait, exténué, et dans une écume frénétique, le continent européen, après ce n’étaient que des îles et des Anglais.
Certains disaient qu’il était plutôt un philosophe tombé dans le tapioca au sortir de l’agrégation, qu’il parlait à la manière d’un Bhl, lequel était appelé le penseur « boudin blanc », et que, dans un geste d’une grandiose humanité, il se dressait tel un combattant de l’esprit et du gras-double, contre la vie chère.
Ce type nous évitait les passions tristes, celles que l’on éprouve en sortant de ses magasins, bon Dieu, se dit-on, qu’avais-je besoin d’acheter tout ça ? Mais ! dit l’épicier raisonneur, vous venez d’acquérir un bon de réduction, vous pourrez revenir l’utiliser. Pour acheter une merde identique ? se défend faiblement l’acheteur, heureux malgré tout de retrouver bientôt ce temple qui sent la mayonnaise aigre, le camembert mort et la pantoufle d’importation.
On l’a bien baisé quand même ce Michel Edouard au sourire béat d’adjoint au maire en train de refouler des roms à la périphérie de sa ville, se dit en se frottant les mains, Jules, qui préparait une thèse sur « La grande distribution en phase terminale dans le paysage municipal d’une France qui rote de plaisir ».
Michel Edouard avait tellement l’habitude de prendre ses clients pour des imbéciles qu’il inventa, un jour, avec des publicistes de haute volée, et le dévoila à la télé, car celle-ci était devenue un rayon de ses magasins, ce slogan :
« Dans nos magasins, on est moins cher, jour après jour ! »
Les révolutionnaires, dont Jules faisait partie, ripostèrent ainsi, pancarte en main, tous les jours, devant les portes tournantes :
« N’achetez donc pas aujourd’hui, attendez demain ! »
Et de fait les clients remirent sans fin au lendemain ce qu’ils auraient pu faire le jour même. Exit le philosophe légumier !
Il avait tant sollicité nos sphincters qu’il s’est reconverti dans le financement des stations d’épuration, son talent est intact, il est capable de faire rêver avec elles et aujourd’hui, on l’appelle le philosophe excrémenteux.

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