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L'archipel Contre-Attaque

  • : L'archipel contre-attaque !
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17 mars 2016 4 17 /03 /mars /2016 13:12
 TU ME HAÏSSAIS PLUS, JE NE T’AIMAIS PAS MOINS! par l'écrivain Henri Lhéritier

« Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur. »
Lorsque j’ai prononcé ces mots, elle a sursauté, il ne faisait pas si beau ce matin-là, et le fond de mon cœur ne manque pas de scories. Mais elle l’avait bien cherché, elle me colle, fait des manières, et encore je ne dis pas tout, non, non, je ne suis pas en train de fantasmer, combien de fois m’a-t-elle sciemment présenté des choses de son corps que je n’aurais pas dû voir, en s’asseyant, en se tournant brusquement, les voiles légers de sa robe blanche se collant à ses formes en les soulignant, c’est la femme de mon père, elle pourrait faire attention. Crois-tu que cela me laisse indifférent ?
Hippolyte me racontait cela dans le café où nous nous étions rencontrés.
Mais elle ? Que dit-elle ? fis-je.
Oh, je la comprends à peine, elle joue à la victime, elle fait des phrases, des choses comme ça, par exemple :
« Tout m’afflige et me nuit et conspire à me nuire. »
Elle t’a proposé des trucs ? lui dis-je en lui offrant à boire quelque chose encore, pensant ainsi le pousser à des confidences plus épicées
Des trucs de quel genre ? Tu veux dire…attends, c’est ma belle-mère tout de même, ah oui ! un truc, une fois, je n’ose pas te dire, mais je me suis dégonflé, alors, à nouveau elle a rajouté des couches de mots auxquels je ne compris rien, des machins scandés et rimés :
« C'est peu de t'avoir fui, cruel, je t'ai chassé.
J'ai voulu te paraître odieuse, inhumaine,
Pour mieux te résister, j'ai recherché ta haine.
De quoi m'ont profité mes inutiles soins ?
Tu me haïssais plus, je ne t'aimais pas moins »
Et ton père ?
Mon père n’est jamais là, toujours par monts et par vaux.
Hippolyte ! Veux-tu que je te dise ce que je ferais à ta place ?
Oui !
Je la baiserais, mon ami, par devant, par derrière, je ne lui laisserais pas un poil de sec, je la ploierais, la retournerais, la ferais mourir de plaisir, hurlerais à ses oreilles, tu en veux encore, hein ! belle maman. Crois-moi elle ne pourrait jamais plus m’oublier.
Calme-toi, sinistre individu, me dis-je, on te demande seulement un conseil, tu n’es pas au théâtre en train d’assister à cette pièce qui, à chaque fois, te met dans tous tes états.

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16 mars 2016 3 16 /03 /mars /2016 12:04
 VOS DROITS SONT ÉPUISÉS par l'écrivain Henri Lhéritier

Je suis toujours étonné lorsque la machine distributrice de billets devant laquelle je me trouve, après quelques manœuvres de ma part, faites du bout des doigts, et des ronronnements et clignotements de son côté, accepte de me délivrer des billets, souvent neufs, qui glissent avec un bruit soyeux et quelquefois légèrement craquant d’une fente dans laquelle je n’ai plus qu’à les saisir. Je les empoigne, les fourre dans ma poche comme une récolte délictueuse et file ne voulant pas en savoir plus : tout de même, fais-je, après avoir passé le coin de la rue, je me demande si ces machines réfléchissent bien, si tu étais un distributeur de billets, me dis-je à chaque fois, t’accorderais-tu de l’argent ? Dois-je le ramener ? Il va lui manquer. Cette machine est trop bonne, elle ne sait pas à qui elle a affaire, on va lui taper sur les doigts.
Dans la majorité des cas, il est vrai, l’écran se remplit plutôt d’une observation, logique quant à elle :
Vos droits sont épuisés.
Cela me réconcilie avec elle.
Voilà une machine qui prend le temps de réfléchir, qui sait que les droits d’un homme sont épuisés, dès sa naissance le plus souvent. Voilà ce que j’appelle de l’humanité. Cet assemblage de microprocesseurs est en marche vers son statut d’humanoïde. Il lui manque si peu pour devenir l’homme du futur.
Il lui reste, simplement un langage à acquérir, un langage humain :
Le jour où elle dira au gars planté devant elle : Casse-toi, pauvre con ! J’en ai marre de voir ta gueule de perdant devant mon écran. Tu n’auras plus jamais un sou. Tu t’es vu quand tu réclames de l’argent ? Tu te rends compte de ton ridicule. Allez dégage !
Ce jour-là, elle sera apte à nous remplacer.
Et le monde n’aura plus jamais besoin de nous.

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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 20:42
 L'ORGASME (Suite) (Après Athéna, voici qu'ils s'en prennent au printemps) par L'écrivain Henri Lhéritier

Bon, nous Français, avons une guerre sur le dos, les états d’âme des femmes, leur besoin de tendresse, on n’en a rien à faire, on vous fera signe lorsque le moment nous conviendra, pour l’instant, masculins jusqu’à la pointe de nos fusils, on défonce et on explose. Et moi, embarqué dans ces commentaires sur la Grande guerre, ces histoires d’orgasmes réussis ou médiocres, ou avortés, ne sont pas mon affaire, pas plus que ces rondeurs de déesse devinées. D’ailleurs je ne jouis pas grâce aux femmes, mais grâce à l’écriture. Actuellement j’ai l’âme d’un canon, le sentiment et la tendresse ne sont pas faits du même bronze.
En ce début d’année 1916, on a coupé la chique au printemps, il débarquait avec son grand sourire aérien, on sentait ses prémices à cause d’une certaine lumière, de sonorités presque ludiques, d’un attendrissement de la brise, du besoin qu’on avait de souffler, mais il n’était pas attendu, pas du tout. Ce n’est pas le moment, on a autre chose à faire qu’à entendre le gazouillis des rossignols, qu’à regarder la gamme des verts se défroisser, qu’examiner la promesse des fleurs.
Les hommes sont des monstres, se dit le printemps au sein du vacarme qui était en train de se lever en bousculant ses nuages, rien, ils ne me laisseront rien de vivant que je puisse faire renaître après l’hiver, pour que resplendisse l’été, arbres brisés, feuilles déchiquetées, ruisseaux souillés, reproduction animale impossible, ils sont acharnés à leur propre perte, ce sont des minables, allez, qu’ils crèvent, je me barre ! Je ne reviendrai pas, ils peuvent m’attendre. je vais quitter ces pays civilisés pour longtemps, je pars avec les papillons et les libellules, j’emmène avec moi les alouettes, les écureuils et tous les coquelicots, je les dérange, eh bien ! ils ne me reverront pas de sitôt, un hiver rigoureux va s’étendre ici, je le leur promets, pour au moins cinquante ans, un siècle même, ce qu’ils sont en train de faire mérite une punition séculaire, ah ! ils veulent jouer au plus fort, ils vont voir !
Alors il s’en est allé leur laissant la pluie et la boue. Bien fait pour eux.
Débarrassés du printemps, ils s’en donnèrent à cœur joie, la musique infernale battant son plein, l’artillerie faisant trembler le sol sous les pieds, rougir le ciel, l’obscurcissant de rideaux de terre et de fumée, crevassant le sol, explosant les hommes, recouvrant leur chair, leur esprit et jusqu’à leur âme.
Le 21 février 1916, au matin, plus de mille canons tirent en même temps, à l’unisson, c’est le chœur d’un Alléluia monstrueux entonné dans les modulations musicales des calibres, pas une seconde de décalage, la soupe des hommes peut arriver en retard, pas les bombes. Deux millions d’obus en deux jours sur un territoire de quelques kilomètres carrés, Verdun et ses environs, Verdun dont on dit que c'est la porte de la France. Les Allemands voudraient bien ouvrir, à nouveau, ce chemin historique d’invasion. Depuis que les Français font les mariols en exhibant leurs atouts, c’est par là qu’on passe pour leur flanquer des tripotées. Est-ce bien raisonnable tout cet acier éparpillé, elles finiront par tuer des morts ces bombes, elles péteront dans un désert. En théorie, on aurait dû débarrasser ce secteur de toute végétation, de toute présence animale ou humaine, le printemps s’en lavait les mains, or il reste encore des choses dessous, il faut continuer.
En quelques heures, un immonde magma a remplacé la terre où rampent les hommes, où on mange de la boue, où on en tripote, on en chie, on en rejette, boue et merde assemblées, en une matière puante et jaunâtre, où nuit et jour, nez et bouche collés au sol, sous les balles et les bombes, on peut mettre la main sur une chevelure raide, une bite inerte ou une cervelle visqueuse, où on se rend compte que la chair d’un Allemand est aussi putride que celle d’un Français.

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25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 16:11
Athéna et sa chouette
Athéna et sa chouette

Verdun, c’est le chef d’œuvre d’une guerre, l’hymne à la joie d’une symphonie saturée de bruit et de fureur, si c’était de l’amour, ce serait un orgasme, cet orgasme monstrueux que l’on ne cesse de chercher, auquel on croit arriver un jour, sinon hein ! on n’insisterait pas. Les militaires, eux, s’en sont approchés, à coups de canons, dans des rugissements bestiaux, des mouvements forcenés de pénétration ou des reculs mesurés, la belle qu’ils servent va connaître l’incandescence de la chair, elle va crier à en perdre la raison, ils veulent aller jusqu’au bout, jusqu’au relâchement céleste, jusqu’à ce sentiment que quelque chose vient de se produire qui marquera définitivement un territoire et son histoire, jusqu’au moment où Athéna, pantelante, cheveux raides, robe déchirée, ruisselante, seins griffés, l’air d’un géranium décoiffé par une violente tramontane, réclamera qu’on ne la touche plus, qu’on décrète un armistice du sexe, une cessation de palpation, qu’on laisse ses flancs tranquilles, qu’on n’investisse pas son centre, elle doit respirer, se refaire. Qu’on l’oublie !
Or non !
Ou plutôt oui et non !
Comme l’amour, le sens de la guerre est immuable : on la fait pour pouvoir la refaire. Elle résulte de vagues causes plus mauvaises les unes que les autres, mais n’est régie que par le désir. Sa raison d’être est de succéder indéfiniment à elle-même sans résultat et sa force est de ne pas avoir d’antidote. La paix n’est pas son contraire, c’est sa respiration.
Il en est ainsi des orgasmes, on met toutes les chances de son côté pour atteindre le point culminant, cette perfection que l’on imagine, dont on rêve, puis au bout, une fois de plus, ce moment où devraient arriver d’ébouriffantes cabrioles, cela ne tient pas ses promesses, encore raté, se dit-on, ou à peine suffisant, alors il faut remettre ça et le plus vite possible. Si la guerre ou l’amour atteignaient un jour leur perfection, ils n’existeraient plus.
J’en ai connu d’autres, vous savez, j’ai fait Crécy, Marignan, Wagram, je n’ai jamais joui d’un tel spectacle, me dit Athéna, en tentant de remettre de l’ordre dans sa tenue, ils y vont fort, ils ne m’ont laissé aucun moment de répit, ma chair est encore meurtrie de leurs assauts, ils se sont accrochés au moindre relief de mon corps, pas un téton, pas une fesse, pas un espace de mes cuisses ne leur a échappé, ils ne m’ont pas honoré, ils m’ont déchiqueté. J’ai pourtant bataillé d’un bout à l’autre de la terre, Les Thermopyles, Hastings, Borodino, Gettysburg, mais chaque combat, je le constate, devient de plus en plus sanglant, je m’y épuise. Dans le mal, les hommes sont plus forts que les dieux et les guerres de demain seront plus échevelées encore, je le sais, continue-t-elle en passant sa langue sur ses lèvres humides. À ce point, je préfère devenir déesse des moissons, ou de la sexualité, mais pas de la leur, de la mienne ! Mon plaisir ? S’en sont-ils préoccupés une seule seconde ? Ils ont pris le leur, ça oui, fait-elle. Et du coup elle se colle à moi dans sa robe blanche dont les plis laissent deviner de pacifiques attraits.

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13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 19:35
COMANCHES par l'écrivain Henri Lhéritier

Secoués de rires gras, ils montraient les écrans du doigt en se tapant sur les genoux.
Des agents de surveillance imbéciles jouaient à tendre des pièges aux clients de ce grand magasin en semant d’irrésistibles appâts dans les allées et les rayons. Souvent des tentations de chapardage auxquelles il était impossible de résister, un portefeuille abandonné posé sur un rayon et laissant deviner un gros paquet d’euros, des montres de prix, des portables dernier cri, qu’on n’avait plus qu’à glisser en douce dans sa poche. Et paf ! Pris !
Cette fois ils avaient ciblé les petits vieux libidineux dans mon genre, voyeurs de supermarché qui nous tenons toujours à l’affût de quelque spectacle épicé, n’ayant rien d’autre à faire que d’aiguiser notre sexualité plutôt défaillante, et souvent même purement imaginative, dans cet univers de désirs à satisfaire.
Soudain, l’un des vigiles dit : J’en tiens un, regardez, là sur mon écran, il mord à l’hameçon, regardez, regardez !
Il désignait, dans le rayon des légumes, une mini jupe par terre devant des choux, et plus loin dans l’espace réservé aux artichauts, un chemisier au sol, tandis qu’une chaussure type Louboutin, tendait son talon démesuré vers le plafond et, en effet, un petit vieux, tel un Comanche dans le désert, suivait ces traces qu’ils avaient pris la précaution de saupoudrer au parfum J.Paul Gaultier.
Regardez, en voilà d’autres, reprit l’agent de sécurité.
Une tribu entière, sur le sentier de la guerre et de la femme dévoilée, suivait le petit vieux.
Le talon d’une seconde Louboutin, renversée devant les côtelettes d’agneau, donnait la direction des cabines d’essayage, tandis qu’un soutien gorge, pendu à la gamme des yaourts bifidus, indiquait que la piste était chaude.
Vont-ils trouver la culotte, firent les vigiles en se tordant, en tout cas ils cherchent comme une meute d’Epagneuls bretons.
Un dessous de soie à dentelles dépassait du rideau de la cabine.
On va rire, fit l’un.
L’Indien, tirant le rideau, se trouva devant un grand black en uniforme d’agent de sécurité qui le saisit au collet, les autres, déguerpirent comme s’ils avaient entendu le clairon de la cavalerie américaine.
Voilà, firent-ils en se tournant vers moi, qu’ils avaient attrapé quelques minutes auparavant, un de plus ! nous allons appeler vos épouses pour qu’elles viennent vous récupérer.

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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 21:35
TVA CHARNELLE par l'écrivain Henri Lhéritier

Il s’appelait Charles, elle s’appelait Lucie, c’était un bon couple. Rêveurs et désargentés, ils se trouvaient assez déplacés dans le monde où ils vivaient. Leurs voisins de palier les regardaient de haut. À Pôle Emploi, on ne cessait de les houspiller parce que ils n’avaient pas fait ceci ou cela, il leur manquait toujours un papier, cela les perturbait, mais leur amour ne faiblissait pas.
Nous n’avons pas de valeur marchande, se dirent-ils, un jour, en regardant une émission sur les huiles d’olive. Ne se sentaient-ils pas mal à l’aise dans la société pour cette raison ? Nous devrions nous monnayer, pensèrent-ils. Peut-être pas nous vendre mais nous louer.
On leur avait dit qu’ils n’avaient aucune compétence. Ils décidèrent que leur compétence était leur corps, c’est ce que je pense aussi. Est-ce qu’on me demande quelque chose ? Elle était fraîche et fleurie comme une villa du midi sur sa corniche et lui était un canon de char T 34 ayant une cadence de tir d’orgue de Staline. Ils étaient prêts.
Ils commencèrent par leurs voisins. À l’aide de l’ordinateur, ils avaient conçu un dépliant où ils détaillaient leurs appas, entre autres une quéquette dressée sur deux dames-jeannes pour lui et une chatte légèrement sculptée pour elle. Là où ils montraient autre chose que leur cul, on voyait des plages, des palmiers, des piscines, des cocktails et des bateaux. Dessous, on pouvait lire le prix des prestations, et des propositions de remises pour groupes.
Ma foi, pourquoi pas, dirent les voisins qui ne les aimaient pas. Essayons !
Ils furent satisfaits et en parlèrent à leurs amis. Le Bon coin fit le reste. En amour, Charles et Lucie étaient dans le genre bac + 8, ils pouvaient agir en couple ou séparément, selon le rite orthodoxe ou hérétique et même schismatique. Ils n’avaient plus besoin d’aller à Pôle Emploi, ou alors comme conseillers, leur affaire tournait et ils s’aimaient toujours autant.
Tard, le soir, ils faisaient les comptes et se distribuaient le travail du lendemain, je t’ai louée cinq minutes au boulanger, celui à moustache ! Ah, oui, très bien ! Toi, tu as rendez-vous avec la coiffeuse à 10 h 00 et la banquière à 10 h 15 (ils avaient des horaires serrés) et, si tu veux, tu peux toujours finir l’esthéticienne et le livreur de pizzas. Il firent des émules.
Cette activité d’auto-entrepreneur créait de l’emploi.
Tant et si bien qu’il fallut la placer sous le régime de la TVA, cela obligea à des factures détaillées, certains clients préférèrent des forfaits tout compris.
L’Etat est un proxénète, hurla l’opposition.
On le savait déjà.

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26 janvier 2016 2 26 /01 /janvier /2016 17:42
ÉCRIRE UN  « THRILLER » par l'écrivain Henri Lhéritier

Depuis des années, ils ne cessaient de l’attendre.
Ils avaient accepté l’idée qu’il ne reviendrait pas en plein jour, mais au cours d’une nuit sans lune ni étoiles, aussi dans cette maison au bord de la falaise, par mauvais temps, lorsque que le vent fripant la lande faisait siffler les portes et les fenêtres, attentifs à tous les bruits du dehors, ils s’installaient le soir autour de la cheminée et ils veillaient. Irénée, le grand-père, ressassait cette idée que les marins disparus en mer ne meurent jamais, leurs proches les croient toujours vivants. En revanche, sans avoir jamais perdu l’espoir de les revoir, puisque le béret, les objets familiers et les photos des disparus se trouvent toujours sur le buffet, fatigué de les attendre, leur famille finit par mourir. Alors plus personne ne pense à eux, et c’est comme s’ils n’étaient jamais morts. Pour Irénée, l’immortalité s’éloignait de lui, ne naviguant plus il n’avait plus aucune chance de disparaître en mer ou alors il faudrait qu’une vague vienne l’enlever de son fauteuil au bord de l’âtre et l’emporte dans les noirceurs de l’horizon, zébrées d’éclairs, où le ciel et l’eau se confondent.
Ce soir-là, trouant le vent, ils entendirent au loin une mélopée que les bourrasques rapprochaient d’eux ou bien atténuaient par moments jusqu’à en faire un murmure à peine chanté.
On gratta à la porte. Un frisson les parcourut, ils s’agrippèrent à leur fauteuil :
Enfin lui ! s’écria Irénée.
Une voix éraillée et hésitante pénétra dans la pièce en même temps qu’un individu titubant qui chantait :
« Dans le lit de la marquise, nous étions quatre vingt chasseurs ».
Et lui, fermant son ordinateur portable, dit, rageur :
J’en ai une indigestion de tenter d’écrire des « thrillers », je fais une première phrase convenable, alors tout ragaillardi, j’en profite pour me servir du sancerre dans le grand verre à pied que j’utilise lorsque je suis content de moi, c’est à dire tout le temps et aussitôt ce verre avalé, mon truc devient n’importe quoi, j’en oublie les mobiles, m’embrouille les pinceaux dans les alibis, je finis par perdre l’assassin et, au bout du compte, je n’ai même plus de cadavre.
Bon Dieu ! Que viennent faire ici cet ivrogne et cette marquise nymphomane ?
Il leva les yeux au ciel.
Désormais, il se consacrerait aux vies de saints.
Et pourquoi pas, lui dis-je, aux marquises nymphomanes ?

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17 janvier 2016 7 17 /01 /janvier /2016 14:48
 UN LLUIS LLACH DANS LE MOTEUR par l'écrivain Henri Lhéritier

J’écoutais alors un lecteur automobile - un lecteur automobile n’est pas un type qui s’est introduit dans une Renault Scénic pour ouvrir un livre, ce n’est pas non plus un appareil audio monté sur pneumatiques, c’est un instrument, installé dans un véhicule à moteur, qui permet d’écouter des CD, dans le but de couvrir les vociférations des automobilistes qui vous suivent en se collant à vous ou qui, aux feux rouges, grimaçant derrière leur vitre, vous traitent de tous les noms et notamment de sale con – j’écoutais donc un détestable enregistrement des Beatles, ou plutôt une démolition de leurs enregistrements d’origine par de sirupeux arrangeurs ayant cru bien faire en gommant toute la partie rock de leur œuvre, dans l’intention assassine de faire mieux ressortir la partie guimauve (qui est hélas déjà présente, à l’état naturel, dans leur musique, mais qu’ils parviennent, lorsqu’on ne les trahit pas, à tenir plus ou moins en respect), ainsi avais-je le sentiment de déguster un baba au rhum sans rhum, un Sauternes saturé de sucre, d’écouter une 9ème symphonie sans chœur, sur des arrangements d’André Rieu, ou simplement de voir courir Balladur en nuisette transparente dans les couloirs d’un hôtel de passe (oui, que l’on ne me demande pas pourquoi, c’est comme ça !).
Je décidai soudain d’extraire ces Beatles-là de mon lecteur de peur qu’ils ne le transforment en chamallow ou en jaune sous-marin, et après les avoir jetés, sans tri préalable, pas loin de chez moi, sur les quais de l’Agly, en face de St. Martin, dans un conteneur à bouteilles vides dont je suis le fournisseur principal, je me mis à fourrager dans la boite à gants où on ne place plus de gants mais des tests pour mesurer des taux insuffisants d’alcoolémie, ainsi que des préservatifs, XXL et parfum jasmin, pour relations furtives mais néanmoins protégées et, en ce qui me concerne, un colt rutilant, de six ou huit coups, peut-être plus, qui ne me quitte jamais, persuadé que je rencontrerai un jour Céline Dion, en provenance du Canada ou du Japon (ils la relâcheront sans doute bientôt), et que la menaçant de mon flingue je lui ferai enfin rendre gorge des paroles de ses chansons que je ne connais pas mais que j’estime a priori vomitoires, et cesser le bruit infernal qu’elle émet en ouvrant la bouche et qui saccage mes oreilles, un point c’est tout !
De cette fouille, surgit alors un aigle noir, non pas du tout, qu’est-ce que je raconte, un prince blanc je veux dire, au nom chuintant comme un filet de source sous la mousse : Lluis Llach. Ce Llach-là apparut donc entre les Vêpres à la vierge du rocker Monteverdi et le Blue Suede shoes de l’excellent compositeur baroque Elvis Presley, morts tous deux d’intempérance et jetés, à l’époque, dans le Mississipi, du côté de Memphis, et du haut d’un pont, fleurs, cadillacs, couronnes, costume blanc à grelots, guitares, cuivres et violes de gambe y compris, à destination de l’alimentation des crevettes américaines du golfe du Mexique qui en sont mortes et des requins de la finance qui ne cessent, quant à eux, de prospérer, et je l’introduisis (sans préparation), (Lluis Llach donc), dans le dit lecteur.
Lluis Llach m’a réconcilié avec la musique autotractée, voilà au fond ce que voulais dire. Était-ce la peine d’en faire tant ?
Fringant, tout de liberté revêtu, chantant devant une foule énorme et enthousiaste, en 1976, la restauration de son pays, la fin de son étouffement et la délivrance d’un peuple, après la disparition de l’ombre ténébreuse que l’Espagne porta trop longtemps dans les plis de son histoire, Lluis Llach est alors sorti du corps exultant de ma Scénic diesel dont le bruit du moteur est devenu soudain plus harmonieux.
Est-ce l’enregistrement public et la liesse d’un printemps renaissant sur un interminable hiver qui donne à ses mélodies ne cassant pas trois pattes à un canard, ce souffle de vérité musicale et communique en même temps à des paroles, ce quelque chose qui vivifie et gonfle la poitrine d’émotion ? C’est possible.
Mais je déclare aussitôt que cette musique de variété m’intéresse, et de la même façon qu’après avoir rompu les ponts avec Alain Minc, j’ai cessé tout commerce avec lui, ce qui n’a rien à voir, mais que j’ai envie de laisser dans ce fourre-tout, celle-ci ne quittera plus mon lecteur, car il y a une autre cause à cette vibration qui me trouble, elle provient du fait que Lluis Llach fait partie de mon pays, parle ma langue, admire les mêmes horizons que moi, ressemble à mes paysages, dialogue avec ma famille et avec mes morts et nul ne peut exprimer mieux que lui cette communion. Lluis Llach est mon pays, comme lui, il est plein de fleuves, de mer, de collines, de montagnes et de visages aimés.
Pour proclamer que j’ai mis Llach dans mon moteur, il n’était peut-être pas nécessaire d’écrire cette tirade surréaliste, sans rime ni raison, sans queue ni tête, ni foie, ni rate, ni couilles, mais je suis comme ça, je n’y peux rien et me contentant de faire bouger mon pieu d’avant en arrière (attention, je parle d’une estaca, hein !), je n’ai aucune intention de me changer pour m’améliorer, de peur de faire plus mal encore.
Mieux que je n’en parle, son œuvre parle pour lui, parle de lui, parle de nous et célèbre la Catalogne. Écoutons-le.
Et maintenant, je range la voiture dans le garage et je vais écouter Bashung, honni soit qui mal y pense.

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2 décembre 2015 3 02 /12 /décembre /2015 15:57
JE N’ÉCRIS PAS « GOUACHES » par l'écrivain Henri Lhéritier

Lorsque j’entamai l’écriture de cette histoire je ne connaissais rien du passé d’Armand Bonnefoy, héros de « Gouaches ». J’ignorais par exemple sa profession, je le bombardai alors fonctionnaire des Finances. Un de plus !
Armand était de taille moyenne, plutôt svelte, le cheveu noir, une mèche lugubre tombant sur le front, genre Maurice Barrès, (pourquoi Barrès ? J’étais en tain de lire « La Colline inspirée », c’était peut-être pour ça), il représentait un compromis entre un vautour sur une croix de cimetière et un de ces ascétiques coureurs de rue que l’on croise le matin, bandeau sur les cheveux, suant et soufflant tandis que nous, dans le brouhaha de la vie, les nouvelles du monde et les senteurs de café, on va se jeter le premier blanc sec au bar le plus proche, un de ces types qui te fiche mauvaise conscience et a l’air de te donner des leçons, parce qu’il est censé se préoccuper de son corps, je me respecte moi, monsieur, te dit-il dans la béance de son short, le ruissellement de ses aisselles et la puanteur de ses godasses de sport, alors que tu t’en contrefous. Résultat, un jour il se fera écraser par un autobus tandis que toi, tu te poiles au jour le jour.
Comment tenir la distance avec un tel personnage. Aujourd’hui les lecteurs raffolent de héros ayant du vague à l’âme, chômeurs névrosés ou intellectuels frelatés prédisant la fin de la civilisation ou l’avènement du veau en sauce, et voilà que je sors un Maurice Barrès contemporain, et j’entends déjà se réjouir ceux qui aiment l’Alsace et la Lorraine.
Le père d’Armand Bonnefoy était archiviste sous Couve de Murville et sa mère lingère. Bonnefoy père avait trompé la République toute sa vie en fabriquant des cocottes en papier au bureau et son épouse en tripotant des filles pas très fraîches dans les quartiers louches de la capitale. Madame Bonnefoy mère était morte sous le pont Mirabeau, où coule aussi la Seine, accident, suicide ? on ne sait pas, le fleuve l’emporta en même temps que nos amours, on la retrouva quelques temps plus tard à Rouen, effilochée, le ventre plein de poissons, sous le consulat de Raffarin et une péniche. Se saignant aux quatre veines, elle avait eu le temps de donner à son fils une éducation religieuse, ce qui explique les retenues de celui-ci, sa couleur verdâtre à la Greco, le missel qui dépassait de sa poche et ses opinions politiques caricaturales.
Bon, j’en ai déjà assez, un roman c’est trop long et cela n’amuse que l’auteur.
Je n’écrirai pas « Gouaches »

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23 novembre 2015 1 23 /11 /novembre /2015 15:39
CONFESSION D’UN TERRORISTE REPENTI par l'écrivain Henri Lhéritier

« Je voulais être méchant et détester le monde !
Connaître le plaisir d’insulter, passer à la calomnie, au dénigrement, puis à l’envie, en arriver au sang, à la vie qu’on enlève, voilà ce que j’ai souhaité. Tuer sans raison ou au nom d’une déraison, gaspiller la vie des autres sans une larme, faire exploser des innocents, jouir de ce sentiment d’une puissance absolue seulement portée par une transcendance imbécile que je finissais par inventer, me fermer au monde, à ses sollicitations, me réfugier dans mon obsession, considérer que je devais me venger, que j’avais un compte à régler seulement parce que je vivais, voilà quelle fut ma quête.
Je me suis entraîné, déshumanisé, croyant atteindre le ciel, en sacrifiant les hommes.
Je n’y suis pas arrivé. Mon échec est patent.
Mes haines ont des faiblesses et mes sympathies des spontanéités que je n’ai jamais pu maîtriser.
Toujours, au dernier moment, un paysage, un sourire, un mot, un geste, un poème m’ont privé de ces triomphes faciles, de ces instants de jouissance gratuite.
Le monde m’en veut : il m’aime.
Et se ligue pour me forcer à l’empathie.
Je crois que je finirai comme la majorité des humains, innocent et dans mon lit ».

Il se trompait, il eut un geste malheureux que l’on assimila à un attentat terroriste.
Il tomba, criblé de balles et on trouva ce mot dans sa poche.
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Le tout meilleur d'Henri Lhéritier :

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/tag/henri%20lheritier/

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