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L'archipel Contre-Attaque

  • : L'archipel contre-attaque !
  • : Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
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  • L'archipel contre-attaque !
  • Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 12:44

Il n‘est pas de parole politique (très majoritairement sinon exclusivement de droite) qui n’en soit truffée. Elaborés par des cellules de communicants patentés où dominent les spécialistes du marketing et de la publicité, ils sont tellement voyants -si j’ose dire- qu’ils sont repérés dans l’instant même de leur énonciation. Proférés jusqu’à la caricature -dont ils relèvent le plus souvent- ils deviennent rapidement tellement attendus dans leur fréquence et tellement convenus dans leur contenu que l’on peut à bon droit se poser la question de leur efficacité. Finalement ne relèvent-ils pas du même genre d’illusion que les fameux « mots d’ordre » léninistes dont-ils sont manifestement les héritiers en politique ? Ou bien faut-il les rattacher aux mantras de l’hindouisme et à la pensée magique ? Combien faudrait-il brancher de magnétophones sur les medias pour gagner une présidentielle ?

Expressions simples pour esprits simples

Ce qui caractérise ces énoncés qui se répandent subitement dans l’espace médiatique dès que surgit un évènement politique important c’est la simplicité extrême de leur formulation, l’uniformité de leurs contenus voire de leurs énoncés et, par déduction, la centralité de leur élaboration car, à l’évidence ils nécessitent une orchestration. L’archétype en a été livré lors de la désignation (avortée) par son père de Jean Sarkozy à la tête de l’Epad. Tous les membres de l’UMP qui se sont exprimés ont récité avec un manque de conviction qui faisait peine à voir (au moins pour certains d’entre eux) l’argumentaire en 3 points suivant :

 

1-    Jean Sarkozy a été élu.

 

2-    A l’Epad il ne sera pas nommé mais encore élu.

 

3-    Jean Sarkozy est un citoyen qui a les mêmes droits que les autres

 

Imparable … Et pourtant Jean Sarkozy – enfin son père – a renoncé … Car le raisonnement humain s’alimente à bien d’autres sources pour arriver à des conclusions pratiques … En l’occurrence  la passion française pour l’égalité qui engendre l’horreur du népotisme a dominé la séquence … Exit donc le fils du prince …

 

Cet exemple est précieux car il montre plus que tout autre la centralité de la production des éléments de langage grâce ici au lien de filiation. C’est une forme de centralisme « démocratique » tel que le pratiquèrent dés les origines les partis communistes léninistes : le parti devait parler d’une seule voix pour porter la bonne parole élaborée par le comité central dans les masses avec un maximum d’efficacité. Il était le « haut-parleur »  du Comité Central.  De la même manière que les colonels français, pendant la guerre d’Algérie, s’étaient appropriés les techniques de la guerre psychologique du maoïsme, le pouvoir central élyséen à mobilisé ses communicants pour mener sa guerre médiatique avec les outils du léninisme.

 

On connait la chanson, transposée du marketing vers la politique : on commence par des batteries de « quali », ces enquêtes qualitatives conduites auprès de groupes réduits représentatifs du segment social que l’on veut atteindre. On paie des gens pour s’exprimer sous pilotage souple (semi-directif) sur un thème visé ; ensuite, par des techniques diverses, on extrait de leurs propos ce que l’on pense être l’opinion de sens commun, celle qui a la plus grande probabilité d’être partagée par le plus grand nombre.

Le présupposé absolu de cette technique est donc qu’en disant à une personne ce qu’elle pense réellement sans en avoir trop conscience on produit un effet de reconnaissance qui emporte son adhésion. Rien n’est moins sûr. Encore faut-il que la personne confrontée à cette occasion avec sa propre image aime ce qui lui est présenté et ne soit pas sollicitée par d’autres champs d’interprétation qui l’impliquent davantage … Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle …

 

Saillance x prégnance

L’efficacité d’un message, c’est-à-dire sa capacité à imposer sa signification dans un esprit est conditionnée pour l’essentiel par deux paramètres sa saillance et sa prégnance dont elle est métaphoriquement le produit. Par saillance d’un message on entend son pouvoir de s’imposer dans l’instant de sa perception, en créant un choc qui lui permet d’occuper instantanément l’esprit en chassant toute autre pensée. C’est par exemple une spécialité Benetton en publicité. Par prégnance on entend la lente imprégnation des esprits du contenu d’un message par sa répétition plus ou moins obsédante sur divers supports. On conçoit aisément que la prégnance est directement liée aux moyens financiers que lui consacre son émetteur. La saillance en revanche est déterminée par la nature du message mais c’est le plus souvent un fusil à un coup et il peut-être fortement contre-productif en cas d’erreur. L’efficacité globale d’un message sur un esprit est donc déterminée par les effets conjugués de sa force propre  et de la durée de l’exposition aux signes. La publicité moderne choisit le plus souvent d’optimiser par le biais de l’humour qui permet de dire beaucoup en risquant peu. C’est aussi le cas en politique mais on y fait le plus souvent confiance à la répétition où le seul risque encouru, la lassitude, est moins grave et plus facile à gérer.

Des quasi-mantra 

On est donc confrontés à un déversement continu d’éléments de langage par des acteurs politiques de tout niveau qui semblent pour le cas intervenir dans le débat public comme le ferait une secte, à l’instar des adeptes du « vol yogique »link en campagne électorale aux élections européennes de 1994. Chacun de ces éléments est une sorte de mantra (étymologiquement une arme ou outil de l’esprit) dont l’essence –et donc l’efficacité- est dans le son plus que dans le sens. Pour les politiques, surtout quand ils sont aux abois,  leur réitération  à l’infini a valeur d’outil magique dont la vertu suprême serait d’imprégner continûment les esprits jusqu’à induire le « bon choix » électoral. A six mois de l’élection présidentielle ils nous sont d’ores et déjà déversés par tombereaux entiers par l’appareil et les relais d’opinion de l’UMP dans les medias. Chacun pourra les identifier aisément dans sa sphère informationnelle.

Le signe n’est pas celui qu’on pense …

C’est précisément dans cette facilité avec laquelle ils sont identifiables et analysables comme tels par toute personne faisant preuve d’un minimun d’esprit critique que réside la principale faiblesse de cette technique d’action psychologique. En effet cette identification produit dans l’instant une transformation radicale du signe perçu qui n’est plus seulement l’élément de langage lui-même mais cet élément couplé à l’intention  de son émetteur, à savoir son désir de s’insinuer dans l’esprit de celui qui le reçoit. C’est alors le sentiment d’être soumis à une sorte de violence symbolique sournoise et déloyale qui domine. Le signe a changé d’objet. Son nouvel objet est attaché au précédent par une grosse ficelle ; elle apparaît aux yeux de qui veut bien voir cet émetteur qui lui veut tant de bien !.

 

Et le résultat de l’opération n’est pas celui qu’on pense …

Robert Marty
Blog "Signes du temps, enquêtes sur le sens commun" : http://robertmarty.unblog.fr/ 
Tous sites personnels : http://perso.numericable.fr/robert.marty/index.htm

 

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