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L'archipel Contre-Attaque

  • : L'archipel contre-attaque !
  • : Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
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18 mai 2011 3 18 /05 /mai /2011 16:26

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Si vous voulez connaître la vrai identité d'un endroit précis, allez au cimetière.

Selon les conventions romantiques les cimetières sont des lieux qui invitent à la réflexion, la paix et le repos éternel ou temporaire, volontaire ou forcée. Poètes éminents comme Paul Valéry, Salvador Espriu, Théophile Gautier ou Josep Maria de Segarra ont été amenés à écrire des poèmes autour des cimetières, textes inspirés que, des années plus tard, subiraient des générations entières d'écoliers qui ont dû apprendre ces poésies par coeur, en rentrant à la maison à l’heure du goûter. Je ne vais pas, donc, commettre l'affront de vouloir les plagier. Permettez-moi de dire, quand même, que si au lieu d'aller au cimetière à des heures propices à la contemplation, ils y étaient allé -comme moi à celui de Bao- en plein canyàs des premières chaleurs de mai, à 16 heures et sans ombre en dehors de mon chapeau ... Je ne suis pas sûr que la source de la poésie aurait coulé, ou que une muse leur vienne porter secours. Si, en plus de la chaleur au rapetell del sol, ils avaient du partager la visite avec deux padrines sourdes qui n'ont pas arrête de parler haut et fort (dans un délicieux roussillonais, ça oui), la muse des poètes -j’en suis convaincu- aurait déserté l’endroit à la hâte comme dans un évanouissement, une fumerolle, tel qu’on le voit dans les films de Walt Disney.

Bon... ce que je voulais écrire, avant de m'engager dans des divagations poético-meteorologiques, c’était sur l'identité. Plus précisément, sur la réalité sociologique de ce département des Pyrénéens Orientales pour les uns, de Catalunya Nord pour les autres...une réalité qui est palpable, indéniable, dans les cimetières de nos villes et villages (mince, je deviens sérieux,là!).

Aux catalans autonomes du sud -et également à ceux du sud du sud, ceux de l’est et aussi les insulaires de l’ouest- qui, une fois le Boulou passé quand ils nous rendent visite, demandent au premier catalanophone venu: “què, com ho tenim aixo del català a la Catalunya del Nord?" (comme si tous les Catalans du Nord fussent des sociolinguistes ou des directeurs d'un institut de sondage) je recommanderai qu’ils fassent la visite d'un cimetière, comme complément aux circuits traditionnels Salses-Castillet-Villefranche. Avec un peu de chance ils vont trouver, comme dans la photo à Bao (oui, je sais, en français Baho), le monument aux morts avec la liste des "morts pour la patrie”. S’ils lisent attentivement les noms, ils liront des noms bien catalans, avec des orthographies fantaisistes inventées parles fonctionnaires français qui transcrivaient comme ils l’entendaient sur l'état civil de la République. Qu’ils se promènent aussi de la plus ancienne partie à la plus récente du cimetière. S'ils le font, en faisant attention aux noms inscrits sur les tombes, il feront un voyage dans le temps en vivant en accéléré l'évolution de la population nord-catalane des cent dernières années ...

Ces noms catalans -méditerranéens et bronzés, au goût d’abricots, pêches et raisin- disparaissent peu à peu en arrivant aux parties les plus récentes du cimetière, remplacés par des noms plus gaulois -aux sonorités nordistes de bière, de céréales et de peau claire. Des noms bien français, de ces français qui, sans équivoque, sont majorité aujourd’hui dans le berceau de la Catalogne (le berceau, oui, à condition qu'il soit vrai que Guifré el Pilos ou Wilfred le Vellu était né au château de Rià, allez savoir ...). Français "biendechénu" comment dirait la Marine Le Pen, entre autres.

J'ai déjà les oreilles qui sifflent de ceux qui me crient tous les noms d’oiseau et d'autres épithètes plus ou moins aimables. Je les invite, une fois se seront bien soulagé, à visiter nos cimetières, avec le drapeau catalan étoilé s'ils le désirent et s'ils ne craignent pas d’être confondus avec des supporters de l'USAP. J’invite à faire de même à tous ceux qui se laissent influencer trop facilement par des arguments populistes, ceux qui avalent volontiers le"nous sommes envahis par les Musulmans, les Nord-Africains et les Noirs» (merde, je suis à nouveau sérieux, là!). Oui, ce pays a subi, au cours du XXe siècle, un changement de population indéniable, mais pas celui qui craint et dénonce l'extrême droite, de Sarko a Marine. Jusqu’ici la constatation...Qui veuille changer les choses, catalaniser ces populations déracinées mais intraitables sur sa supposée supériorité culturelle et linguistique, il a du boulot!

Je termine ce texte, trempé de transpiration, assis sur un banc du cimetière, dans la mi-ombre d'un cyprès, avec les deux mémés dures d’oreille (soyons honnêtes, personne ne dit plus “padrina” en Catalunya Nord) qui continuent à discuter.. Elles parlent de tout, dans ce roussillonais que aucun jeune ne parle plus -et non, ceux qui vont dans les écoles catalanes non plus. Elles parlent de tout, oui, mais pas des morts et des tombes qui les entourent. C'est comme si elles étaient chez elles avec les amies de toute la vie que avant elles rencontraient pendant l'office du samedi et que, maintenant qu’elles ont trépasse, elles viennent voir ici. En tout cas, les deux semblent préférer venir s’espletir dans le cimetière, l'après-midi, plutôt que d'aller au club du troasiematge avec les retretats des lotissements qui parlent punxut.

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commentaires

R
<br /> <br /> Alex..cellent texte que voilà!.Mes vieilles racines roussillonaises (aux environs de 1625...à Claira) et ma récente Catalanophilie ( non folklorique) me permettent de savourer la substantifique<br /> moelle de votre réflexion ,avec laquelle je suis en adéquation.     Chapeau Alex! que ton Renye arrive!<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
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