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L'archipel Contre-Attaque

  • : L'archipel contre-attaque !
  • : Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
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  • Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
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18 août 2021 3 18 /08 /août /2021 16:53

Imaginez une île. Une grande île, au milieu d’un océan paradisiaque, où il fait toujours beau et où la mer est à 25° en permanence, été comme hiver. Un lieu parfait pour les vacances, où les gens sont souriants et accueillants.

Cette île est divisée en deux.

À l’ouest, un pays en cours de développement, tourné vers le tourisme, la drogue et la prostitution.

À l’est, un pays pauvre, à flanc de montagnes, où l’on trouve des cassaves et des chèvres.

 

Comme tout un chacun, les gens de l’est ont besoin d’énergie, principalement pour faire cuire leur nourriture. Comme ils sont pauvres, mais que la terre est riche, pendant longtemps ils ont utilisé le charbon de bois. Les forêts tropicales étaient abondantes et luxuriantes. Le bois était de qualité. D’ailleurs les colonialistes blancs, venus d’outre-mer, l’ont bien compris, eux qui ont pillé le pays pendant des siècles.

Mais la population a augmenté au fil du temps, et avec elle les besoins en charbon de bois. Mais la ressource n’a pas été gérée. Le capital que la Providence avait si généreusement offert aux habitants partit en fumée. Les forêts disparurent, la terre fut mise à nu.

 

Battus par les vents, les ouragans, les cyclones et les pluies diluviennes, les montages s’érodent inexorablement. Les terres arables s’écoulent en coulées de boue vers la mer. Ces coulées de boue ravagent les champs, les villages, et, malheureusement trop souvent, tuent les habitants.

Et le charbon de bois, lui aussi, est venu à manquer.

Dans le nord de l’île, là où les pirates boucanaient et cuisinaient de la soupe de tortue, certains villageois, pris à la gorge par l’incapacité à disposer de charbon de bois pour la cuisine, prennent des risques énormes pour garantir leur approvisionnement.

De simples agriculteurs, ils se font marins, histoire de traverser les bras de mer, larges de plusieurs kilomètres, si ce n’est plus, qui les séparent de petites îles où les arbres poussent encore.

Hélas, ce ne sont que de simples agriculteurs, pas des marins, ni même des pêcheurs. Au moindre coup de vents, leurs frêles esquifs chavirent, et les marins de fortune se noient.

 

Pour remédier à ces problèmes, et essayer de sauver des vies, la Chambre d’agriculture a lancé un programme de plantation d’arbres. Les agriculteurs ne furent pas durs à convaincre. Ils participèrent activement au projet. Pragmatiques, ils comprirent vite l’intérêt pour eux de ces plantations.

Mais les premières tentatives furent des échecs !

Les agriculteurs de ces régions plantent du manioc, pour les cassaves notamment, et élèvent des chèvres. Les chèvres gambadent librement dans les montages et rentrent à l’étable quand elles le veulent. Depuis des siècles il en est ainsi, et c’est très bien pour les habitants du coin. Libres de paître dans les plantations d’arbres, les chèvres broutèrent les jeunes pousses, vouant à la mort les arbres fraîchement plantés.

Voyant cela, les techniciens de la Chambre d’agriculture eurent une idée simple pour régler le problème. Il suffira de protéger les champs où les arbres sont plantés par des clôtures. Une solution simple, peu onéreuse, et, rapide à mettre en œuvre.

Des espaces furent clôturés, des arbres furent à nouveau plantés. Et ce programme échoua lui aussi !

 

Les clôtures entravent la liberté de circuler des chèvres. Et cela est intolérable !

Les gens du coin détruisirent donc les clôtures, restituant aux chèvres leur liberté. Dans un pays dominé par le vaudou, même le Baron Samedi approuva la démarche.

 

Les chèvres sont libres, un point c’est tout. Toute entrave est intolérable !

Les hommes préfèrent mourir en mer, sur des bateaux de fortune, pour un peu de charbon de bois, plutôt que de clôturer des champs. La Liberté et la Mort, diront certains.

 

Personne n’est là pour leur dire que le vrai combat est dans l’élaboration d’un nouveau Contrat social, incluant les caprins. Personne n’est là pour leur dire qu’il existe des alternatives aux charbons de bois. Personne n’est là pour leur apprendre une agroforesterie protégeant les sols, protégeant les hommes, protégeant les chèvres.

Personne n’est là pour leur dire que c’est le Système qu’il faut abattre, pas les clôtures !

Alors, les habitants continuent comme avant la déforestation, enchaînant les coulées de boue et les noyades.

Alors, les habitants continuent comme avant la déforestation, souffrant d’un système social, économique, culturel et politique, que le temps long, l’habitude et une forme de manque d’imaginaire leur ont appris à accepter, voire à aimer.

Si de temps à autres, les habitants de l’île manifestent, parfois violemment, contre le Système, inexorablement, ils y retournent, faute de connaître les alternatives possibles.

 

Les chèvres sont libres, les hommes se noient, les femmes pleurent.

 

 

PS : si vous passez dans le coin, essayez le tasso de cabrit. De la chèvre frite avec des bananes plantains, relevée aux épices locales, une vraie tuerie !

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