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L'archipel Contre-Attaque

  • : L'archipel contre-attaque !
  • : Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
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  • Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
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1 décembre 2020 2 01 /12 /décembre /2020 18:09

 

Cher Nicolas, 

 

CO, puis VIDE.

Post coitum, homo tristis.

Le sais-tu ?

Il y a bien longtemps, j’apprenais le latin -quoique le verbe « apprendre » soit un peu abusif dans la mesure où si je l’avais effectivement appris, il en resterait plus que quelques mots en embourbés dans ma mémoire de sédimentation mais j’avais de l’intérêt pour la discipline, de l’estime pour l’enseignant et cela suffisait à me faire relire en vitesse la leçon qui sauverait une moyenne… Moyenne. 

 

L’une de mes facétieuses aïeules, nourrie au lait de Rabelais, du Catulle blessé qui écrit autre chose que des chants d’amour et peut-être, aussi, férue de Pétrone, me donna un jour une phrase griffonnée sur le revers d’une enveloppe dépliée. Tu sais, ce que l’on faisait, autrefois lorsqu’on désirait un papier-brouillon ? 

D’un côté de l’enveloppe son adresse ; de l’autre, quatre mots : « Post coitum, homo tristis » ; à sa bouche, une question : « Pourrais-tu demander à ton enseignant de traduire cette phrase qui me résiste ? » 

Le verbe « coeo » m’étant à peu près aussi inconnu que le « coït » qui en découle, j’étais la victime idéale pour ce genre de plaisanterie bouffonne… A ce propos, je me demande parfois ce qui m’a transformé(e) en Bestiole. Mais passons. Là n’est pas le problème. 

L’enseignant leva un sourcil circonspect : « qui vous a donné cela ? ».

Le sourcil se fit incrédule dès le premier mot de ma réponse : « ma grand-mère, monsieur ».

Rapidement, les yeux sous le sourcil devinrent rieurs : ils avaient lu sur mon visage cette candeur d’une touchante sincérité qu’ont parfois les imbéciles.

« C’est ici un sujet dont elle pourra manifestement vous entretenir mieux que moi. » 

L’échange était clos, comme l’enveloppe qu’il me remit alors, bien refermée sur la phrase mystérieuse et finalement prête à l’envoi pour un retour à l’expéditeur. J’en restai coi(te). 

Oui, je sais : cela ressemble à coït, mais sans le grand T dressé au masculin et en nettement plus passif. 

Où tout ce babillage veut-il en venir ? 

 

Je crois que nous sommes désormais tristes. 

Nous avons joui de toutes les consommations possibles et, après la grande débauche du grand banquet des années d’insouciance, nous voilà « homines tristes », de ce pluriel latin qui ressemble tant au français. Souviens-toi. 

A l’époque où mon professeur refermait sur elle-même la lettre facétieuse, une maladie nouvelle, le SIDA,  emplastifiait déjà le coït de ma phrase latine… Désormais, à peine quelques poignées d’années plus tard, une autre épidémie toute neuve semble vouloir maintenir l’animal politique à distance…

La salvatrice « distanciation physique ».

Comprends-tu, à présent, pourquoi ce souvenir sautille dans ma tête depuis le printemps dernier ? Le verbe COEO m’est soudain revenu, limpide comme dans le vieux Gaffiot qui dort si longtemps sous sa vieille couverture poussiéreuse, parce qu’il signifie d’abord « aller ensemble, se réunir »… 

 

Or, depuis le printemps, le CO de « coeo », de « communauté », de « cohésion » et -force est de le constater- de « cohérence » se dilue dans l’air vide.

 

Allez, Nicolas, VALE* !

*Porte toi bien.

 

                                                                                                                                                   Bestiole.

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