Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

L'archipel Contre-Attaque

  • : L'archipel contre-attaque !
  • : Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
  • Contact

Profil

  • L'archipel contre-attaque !
  • Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
  • Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!

Recherche

2 mai 2020 6 02 /05 /mai /2020 17:38

6 / Le retour de la religion

Les 20 et 21 avril 1792, Condorcet présentait à l’Assemblée nationale, son Rapport sur l’instruction publique. Venu donc d’un temps que l’histoire postmoderne tente d’effacer de la mémoire des hommes, ce Rapport était un plaidoyer pour une instruction libre, égalitaire et mixte, sans influence ni contrôle de l’État et de la religion.

« De quelque opinion que l’on soit sur l’existence d’une cause première, sur l’influence des sentiments religieux, on ne peut soutenir qu’il soit utile d’enseigner la mythologie d’une religion sans dire qu’il peut être utile de tromper les hommes.

Si le romain veut faire enseigner sa religion d’après ce principe, le mahométan doit, pour la même raison, vouloir faire enseigner la sienne.

Peuvent-ils dire : La mienne est la seule vraie ? Non, car la puissance publique ne peut être juge de la vérité d’une religion. C’est donc un objet que les générations présentes et futures se doivent de laisser sans aucune influence étrangère à la raison et à la conscience de chaque individu. »

Condorcet proposait, pour s’opposer à l’obscurantisme religieux de proscrire l’enseignement de toutes les mythologies religieuses. Il formulait ainsi, en quelques lignes d’une actualité toujours brûlante, le principe même de la laïcité.

Jusqu’à ces dernières décennies, la laicité, inspirée par les « Lumières radicales », a permis à toutes les religions, à toutes les formes de spiritualités de cohabiter pacifiquement. Dès son instauration, la séparation de la religion et de l’État a récusé toute forme d’injonction divine, toute obéissance à un dieu unique, omnipotent et révélé.

Définir comme musulmans ou chrétiens des femmes et des hommes aux origines géographiques et culturelles multiples, c’est les priver de leur identité. C’est encourager un archaïsme de triste mémoire qui s’attaque à la conception laïque et démocratique de l’histoire. La réduction des êtres humains à leur origine religieuse est une négation en actes des conceptions matérialistes fondant les projets républicains, qu’ils soient d’inspiration libérale, socialiste ou libertaire.

C’est au nom du droit à la différence, de l’égalité de toutes les cultures, que le postmodernisme a transformé toute critique contre la religion en crime raciste. Il est ainsi parvenu à faire croire à une partie de la gauche et de l’extrême gauche que le refus du voile islamique était assimilable à de la xénophobie ou à une nostalgie coloniale, et non une critique de la religion oppressant les femmes.

On voit comment et par quels types de « déconstruction des discours », les immigrés d’Afrique du nord et d’Afrique noire, et jusqu’à leurs enfants et petit enfants, sont réduits à leurs seules origines religieuses. Il faut les convaincre que leur histoire et leur culture se résument à un rôle passif de victimes du passé colonial européen. Ils sont ainsi sommés de devenir des fidèles et de se soumettre à une nation musulmane qui n’existe nulle part, mais impose partout son projet liberticide. Leur seule existence « positive » passe par la religion. On les tient à l’écart d’une culture anti-islamique en terre d’islam car une telle reconnaissance impliquerait que l’Europe n’ait pas eu le monopole des Lumières.

Analyser la religion en termes de relativisme culturel et de différencialisme, c’est nier que sans contre-pouvoir laïque et effectif la tendance naturelle de toute religion est l’intégrisme. C’est rendre inattaquable la religion et ses conséquences prévisibles et fatalement mortifères.

En France, comme ailleurs, le manque de lucidité de la classe politique a cautionné le retour en force de l’aliénation religieuse. Il en va de même d’une gauche historique qui n’a cessé, ces dernières décennies, de bafouer ses anciennes valeurs ; d’une gauche qui a abandonné simultanément l’usage de la raison, la pensée dialectique et son héritage historique ; d’une gauche amnésique, incapable de comprendre qu’attaquer le port du foulard islamique, c’est aussi s’attaquer aux néo-conservateurs américains qui, au nom du « différencialisme », sont parvenus à faire interdire l’enseignement des thèses évolutionnistes. Après la construction délirante d’un racisme « anti-musulman », à quand la dénonciation d’un « racisme anti-chrétien » ?

L’imaginaire postmoderne est sous contrôle : plus il en appelle à la différence, au nom de la liberté et de la singularité, plus il aspire à légitimer durablement le modèle de l’économie marchande. C’est un imaginaire dont la fonction symbolique intègre une forte dose de fondamentalisme religieux et quelques vagues expérimentations sexuelles réservées à des privilégiés payant ainsi leur soumission. À l’image de l’ensemble des rapports sociaux de la vie quotidienne colonisée, cette liberté accordée à la jouissance est une liberté conditionnelle.

Pour étendre sa domination, la société du Chaos favorisera sans relâche toutes les formes d’intégrismes, puisqu’ils sont les garants du retour à l’obscurantisme que réclame sa souveraineté.


Voir les autres épisodes de "la société du chaos"

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/tag/la%20societe%20du%20chaos/

Partager cet article
Repost0

commentaires