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L'archipel Contre-Attaque

  • : L'archipel contre-attaque !
  • : Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
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  • Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
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1 avril 2020 3 01 /04 /avril /2020 15:45

Le premier résultat de la confusion, entretenue et préméditée, entre le réel et l’imaginaire, la vérité et le mensonge est la généralisation de tendances paranoïaques et schizophréniques. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer la figure qui concentre jusqu’à la caricature les effets d’un tel processus de déréalisation : celle du post-citoyen. Ces effets se traduisent d’abord par le sentiment trouble, car largement inconscient, d’avoir perdu toute perspective utopique ancrée dans le temps.

Cette perte, dont le post-citoyen ignore les causes et les conséquences, le condamne à vivre dans un présent qui récuse toute perspective temporelle, et qui l’expose, sans répit, au déferlement délirant de messages ne différenciant plus l’essentiel du détail, la vérité du mensonge, l’amour de la haine. Quotidiennement les médias et les réseaux sociaux nous vantent les qualités de touriste identitaire du post-citoyen, son nomadisme professionnel et l’infini variété de ses identités, voire de ses genres. Et partout, cachée et honteuse, la maladie mentale se développe comme la forme « moderne » du lien social. Les « post-citoyens » survivent comme en retrait, incapables de s’inscrire dans le temps et de concevoir leurs vies dans une chronologie ou une histoire. Lorsqu’ils tentent d’analyser ce dont ils souffrent et qu’ils taisent si mal, la réduction de leur accès au langage, leur incapacité à comprendre et définir le monde dans lequel ils vivent, les rend totalement incapables de nommer leur mal. Ils sont condamnés à revenir sans cesse explorer les ruines de leur propre anéantissement. Pendant les sombres années 1970, en Italie, le théoricien et poète Giorgio Cesarano a, le premier, saisi la nature essentiellement nihiliste du capitalisme contemporain. Dans son Manuel de survie, il a montré comment les nouvelles classes dirigeantes ont « retourné » des populations entières en instrumentalisant leur désespoir, en leur imposant de vivre, sur le modèle de « la surveillance psychique » dans un vaste ensemble de communautés thérapeutiques conçues pour entretenir et développer un tel désespoir. La fonction de ces communautés est restée inchangée jusqu’à aujourd’hui : elle consiste à canaliser, à détourner, à séparer chaque combat spécifique, chaque quête identitaire, religieuse, sexuelle et culturelle et à favoriser le plus possible la guerre du tous contre tous et du chacun pour soi, au mépris de toute solidarité collective. Les post-citoyens que l’idéologie postmoderne a si bien retournés intellectuellement et affectivement se trouvent de fait au service du pouvoir en place, même si leurs discours tentent de nous affirmer le contraire. Ils sont seulement autorisés à reproduire le langage postmoderne, car c’est le seul qui leur est familier, celui dans lequel ils ont appris à communiquer. S’ils peuvent parfois se montrer ennemis de sa rhétorique et revendiquer une apparente liberté de pensée, ils en emploieront inévitablement sa syntaxe, qui est la seule à laquelle ils ont eu accès. Il n’est d’ailleurs plus demandé aux post-citoyens que le système a si bien retourné d’avoir des connaissances générales. On exige seulement d’eux d’êtres adaptés et conformes à une société qui encourage ouvertement la critique de l’intelligence et le rejet du travail intellectuel. 2 Les « retournés » sont prisonniers d’un éternel présent et n’ont d’autre mémoire que celle de l’instant, d’une succession d’instants tous pareillement non-vécus. Le présent est d’ailleurs devenu pour eux, grammaticalement, le seul temps admis, celui avec lequel on réécrit les anciens livres pour leurs enfants. La disparition du passé simple, après celles du subjonctif, du passé antérieur et du futur antérieur confirme que, pour les post-citoyens, le passé comme le futur sont devenus des zones interdites dont ils pensent, bien illusoirement, avoir le contrôle et dont ils n’ont même plus l’usage. Triste exemple de l’appauvrissement du langage, la nouvelle traduction du 1984 d’Orwell nous inflige le présent comme seul temps grammatical disponible et remplace le terme de novlangue par un aseptisé néoparler. La liquidation d’un concept qui a fait ses preuves pendant les luttes révolutionnaires de la seconde moitié du XXe siècle n’est pas une clause de style. C’est le roman tout entier qui a été réécrit selon les directives de la novlangue. Et c’est après avoir obéi à de telles directives qu’il va trouver aujourd’hui ses nouveaux lecteurs.

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